Cette escale commence sur l'eau et s'achève dans les vignes. Les bateaux qui remontent la Saône font halte à Chalon-sur-Saône ; de là, une vingtaine de kilomètres mènent à Beaune, capitale des vins de Bourgogne, en autocar d'excursion ou par un train régional d'un quart d'heure. Le détour s'impose depuis près de six siècles pour une seule adresse : un hôpital devenu l'un des monuments les plus reconnaissables de France.
L'Hôtel-Dieu et ses toits
En 1443, au sortir de la guerre de Cent Ans, le chancelier Nicolas Rolin et son épouse Guigone de Salins fondent un hospice pour les pauvres. L'extérieur, volontairement sobre, ne prépare pas au choc de la cour intérieure : des toits entiers de tuiles vernissées jaunes, rouges, brunes et vertes, disposées en losanges, au-dessus de galeries à colombages. La salle des Pôvres aligne sous sa charpente en carène de navire les lits à rideaux rouges où l'on soigna des malades jusqu'au XXe siècle.
Le polyptyque du Jugement dernier
Au bout du parcours attend l'œuvre commandée par Rolin à Rogier van der Weyden : un Jugement dernier en neuf panneaux, peint vers 1450, où l'archange Michel pèse les âmes avec un calme d'horloger. Les ressuscités, nus et minuscules, sortent de terre dans un réalisme qui devait terrifier les patients autant que les consoler. Une loupe mobile permet d'en scruter les détails, jusqu'aux larmes des damnés.
Dans les rues et sous les caves
Autour des Hospices, la vieille cité se parcourt à pied en flânant : remparts plantés d'arbres, collégiale Notre-Dame et ses tapisseries, hôtels de négociants aux cours pavées ; le samedi matin, le marché déborde des halles jusqu'aux places voisines. Le sous-sol raconte une autre histoire : des kilomètres de caves voûtées où vieillissent les grands crus, dont plusieurs maisons centenaires ouvrent les portes pour des dégustations commentées. La moutarderie Fallot, dernière fabrique indépendante de Bourgogne, propose quant à elle un parcours où l'on broie encore la graine à la meule de pierre.
La côte des grands noms
Beaune s'adosse à un coteau dont les noms de villages font rêver les amateurs du monde entier : Pommard, Volnay, Meursault au sud, Savigny et Aloxe-Corton au nord. Ces parcelles délimitées depuis le Moyen Âge, les climats, sont elles-mêmes inscrites au patrimoine mondial depuis 2015. Certaines excursions d'escale sillonnent cette route des grands crus entre murets et clos, avec arrêt chez un vigneron. Chaque troisième dimanche de novembre, la vente aux enchères des vins des Hospices, la plus ancienne vente de charité au monde, fixe le baromètre du millésime et remplit la cité entière.
Repères pour la journée
| Élément | Détail |
| Amarrage | Quais de Chalon-sur-Saône |
| Trajet vers Beaune | Environ 20 km ; train de 15 minutes ou autocar |
| Hôtel-Dieu | Prévoir 1 h à 1 h 30 de parcours |
| Dégustations | Caves en ville, réservation conseillée |
| Monnaie et langue | Euro ; français |
La couleur du retour
Dans l'autocar qui redescend vers la Saône, les rangs de vigne défilent comme des lignes d'écriture. On repart avec des losanges de couleur plein la mémoire, un nom de climat noté sur un billet froissé, et la conviction que la charité du chancelier Rolin fut aussi, à sa manière, un grand cru : cinq cent quatre-vingts ans plus tard, elle attire toujours les foules.