Sur le quai, les bateaux de pêche côtoient les voiliers de plaisance, et les maisons pastel se serrent derrière les hangars du port comme pour profiter du spectacle. Cette petite ville du sud de la Fionie, posée face à un archipel d'îles basses, vit au rythme de la mer depuis le Moyen Âge. Les navires de croisière qui y font escale mouillent dans des eaux protégées par l'archipel sud-fionien, aujourd'hui classé géoparc mondial UNESCO.
Le clocher sans église
Le repère de la ville est un clocher solitaire, le Klokketårnet, dressé au milieu des toits rouges. L'église qui l'accompagnait a disparu il y a des siècles ; la tour est restée, et les habitants en ont fait leur emblème. De sa plateforme, le regard porte sur les ruelles pavées, le port et les îles qui ferment l'horizon. En redescendant, on s'engage dans Adelgade, Tårngade et Holkegade, où s'alignent certaines des plus belles maisons à colombages du Danemark, aux façades ocre, jaunes et vertes soigneusement entretenues.
La porte de ville Vesterport, l'une des rares conservées au Danemark, marque l'entrée ouest du vieux centre. La franchir à pied donne la mesure de la cité marchande qu'était Faaborg, quand les navires chargeaient ici le grain et le bétail de l'île vers les duchés du sud.
Les peintres de la lumière douce
Au début du XXe siècle, un groupe de peintres s'installa dans la région, attirés par la lumière douce de l'archipel et la vie rurale des îles. Le Faaborg Museum, construit en 1915 à l'initiative de Mads Rasmussen, un industriel de la conserve né dans la région, qui consacra sa fortune à leurs œuvres, expose Peter Hansen, Anna et Fritz Syberg, Johannes Larsen et leurs compagnons, que les Danois appellent les Fynboerne — les gens de Fionie. Le bâtiment lui-même, avec ses salles en enfilade et sa rotonde, compte parmi les réussites de l'architecture muséale danoise. Même sans connaître ces artistes, on ressort avec l'impression d'avoir compris quelque chose du paysage que l'on traverse.
À quelques rues de là, Den Gamle Gård, une ferme marchande du XVIIIe siècle, restitue les intérieurs d'autrefois : cuisines aux cuivres suspendus, chambres closes de rideaux, cours pavées où résonnaient les sabots.
L'archipel à portée de main
Depuis le port, des traversiers rejoignent les îles de Lyø, Avernakø et Drejø, dont les villages comptent quelques dizaines d'habitants, des églises minuscules et des chemins creux bordés de haies. Une traversée aller-retour occupe une demi-journée et plonge dans un Danemark insulaire que peu de voyageurs connaissent. Ceux qui préfèrent la terre ferme mettront le cap sur les collines de Svanninge, surnommées les Alpes de Fionie : un relief modeste, mais des points de vue étendus sur la mosaïque d'îles et de détroits.
Les amateurs de châteaux disposent aussi d'options : Egeskov, à une vingtaine de kilomètres, passe pour l'un des châteaux Renaissance sur l'eau les mieux conservés d'Europe, avec ses jardins, ses labyrinthes et ses collections de voitures anciennes.
Pour organiser ses heures à terre
- Le vieux centre se visite à pied en deux heures, musées non compris.
- Le Faaborg Museum mérite une heure pleine ; vérifier les jours d'ouverture hors saison.
- Les traversiers vers les îles partent du bassin principal ; horaires affichés au port.
- Egeskov demande une demi-journée avec le trajet ; excursion organisée ou taxi recommandés.
Faaborg n'élève pas la voix. La ville offre des ruelles calmes, une lumière qui a suffi à retenir des peintres toute leur vie, et un archipel qui s'égrène jusqu'à l'horizon. Il arrive qu'en remontant la passerelle, des passagers se retournent une dernière fois vers le clocher sans église — geste discret, mais qui en dit long.