Vue de la mer, Casilda n'annonce rien de spectaculaire : un modeste village de pêcheurs, quelques toits bas, des barques tirées sur la grève du golfe d'Ana María. Le trésor se cache à cinq kilomètres dans les terres. Ce petit havre sert de porte d'entrée à Trinidad, la ville coloniale la mieux préservée de Cuba, figée dans son âge d'or sucrier et inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1988.
Une arrivée au mouillage
La rade étant peu profonde, la plupart des navires jettent l'ancre au large de la péninsule d'Ancón et débarquent leurs passagers en navettes. Sur le quai, taxis collectifs, autocars et voitures anciennes attendent pour la courte montée vers la vieille cité, une quinzaine de minutes de route à travers palmiers et champs de canne. Il est sage de convenir du prix et de l'heure de retour avant de partir, comme partout dans l'île. Le trajet lui-même met dans l'ambiance : charrettes à cheval, écoliers à vélo, montagnes de l'Escambray en toile de fond.
Trinidad, la belle endormie du sucre
Fondée en 1514, enrichie au XIXe siècle par les plantations de la vallée voisine, Trinidad s'est ensuite assoupie pendant un siècle, ce qui l'a sauvée de toute modernisation brutale. Autour de la Plaza Mayor, les palais des barons du sucre alignent leurs façades ocre, jaunes et turquoise sous des toits de tuiles romaines. Les rues pavées de galets ronds, polies par deux cents ans de sabots, obligent à marcher lentement, et c'est tant mieux : chaque porte entrouverte révèle un patio, un métier à broder, une cage à oiseaux.
Musées, clochers et points de vue
Le Museo Romántico, installé dans l'ancien palais Brunet, restitue le train de vie des grandes familles avec ses lustres, ses porcelaines et ses lits à baldaquin. Tout près, le clocher jaune et blanc de l'ancien couvent San Francisco de Asís, devenu l'emblème de la cité, se gravit pour quelques pesos : la vue porte sur les toits, la vallée et la mer. Sur les marches voisines de la Casa de la Música, guitaristes et percussionnistes enchaînent les morceaux dès l'après-midi, mojito à portée de main. Les céramistes de la famille Santander, dont l'atelier perpétue un savoir-faire transmis depuis des générations, accueillent aussi les curieux à quelques rues de là.
La vallée des moulins à sucre
Les escales généreuses en temps permettent une pointe vers la Valle de los Ingenios, classée avec la ville par l'UNESCO. Cette plaine fertile alignait au XIXe siècle des dizaines de sucreries; la tour de guet de Manaca Iznaga, haute de 45 mètres, servait à surveiller les esclaves qui travaillaient les champs. Son sommet, atteint par un escalier de bois, offre aujourd'hui un panorama paisible sur un paysage qui fut le théâtre d'une histoire beaucoup moins douce, racontée sans fard par les guides locaux.
Ancón, la pause turquoise
Au retour, la plage d'Ancón étire ses quatre kilomètres de sable clair à quelques minutes du quai de Casilda. Souvent citée parmi les plus belles de la côte sud cubaine, elle se prête à une baignade avant de remonter à bord, ou à une sortie de plongée en apnée vers le récif de Cayo Blanco organisée depuis la marina voisine. Les eaux calmes du golfe conviennent bien aux familles.
Le mot de la fin
Casilda joue sa partition en toute discrétion : elle prête son mouillage, puis laisse Trinidad, la vallée et la plage faire le spectacle. En regagnant le navire, salé par l'embrun de la navette, on mesure la chance d'avoir vu en une seule journée une ville-musée vivante, un paysage classé et une baignade dans les Caraïbes. Peu d'escales cubaines en offrent autant sur un si petit rayon.