Bien avant l'annexe, c'est la couleur qui frappe. Depuis le pont, la mer autour de San Andres se décline en bandes superposées, du vert pâle au bleu presque noir : les habitants parlent de la « mer aux sept couleurs », et l'expression n'a rien d'exagéré. Les navires mouillent au large de la côte ouest et déposent leurs passagers au débarcadère d'El Cove; de là, une vingtaine de minutes de taxi mènent au centre-ville et à sa longue promenade de bord de mer. Cette possession colombienne perdue au large du Nicaragua cultive une identité qui ne ressemble à rien d'autre dans le pays : créole, anglophone et profondément antillaise.
Spratt Bight, la vitrine de l'île
Le cœur balnéaire s'étire le long de Spratt Bight, une bande de sable clair doublée d'une allée piétonne ombragée de palmiers. D'un côté, les boutiques hors taxes qui ont fait la réputation commerçante de la destination; de l'autre, une lagune paisible où les baigneurs ont pied loin du rivage. Les kiosques vendent de l'eau de coco fraîche décapitée à la machette, les haut-parleurs diffusent du reggae et du calypso, et l'îlot de Johnny Cay ferme l'horizon, si proche qu'on distingue ses cocotiers depuis la promenade.
Johnny Cay, l'excursion classique
Justement, dix minutes de barque suffisent pour rejoindre ce parc régional posé à un kilomètre et demi de la côte. Johnny Cay concentre tout ce qu'on attend d'un îlot corallien : sable blanc, eaux limpides, paillotes qui grillent le poisson du jour au son des guitares. Ses résidents les plus photographiés restent toutefois les iguanes, étonnamment placides, qui circulent librement sous les palmiers. En chemin ou au retour, plusieurs embarcations font halte à El Acuario, un banc de sable où l'on nage en eau peu profonde parmi les poissons multicolores, masque sur le visage et sourire garanti.
Le tour de l'île en voiturette
Pour saisir l'autre visage de San Andres, il faut louer une voiturette de golf ou monter dans l'un des autobus locaux et suivre la route côtière, une boucle d'une trentaine de kilomètres qui se parcourt en une demi-journée, arrêts compris. Au sud, le Hoyo Soplador projette par intermittence un jet d'eau de mer à travers un orifice du rocher, au grand plaisir des curieux qui guettent le bon moment. La côte ouest, plus calme, réserve des points de baignade comme West View, où l'on descend directement dans une eau cristalline par une échelle fixée au rocher. Sur les hauteurs, à La Loma, la première église baptiste de l'île, fondée au XIXe siècle, veille sur les toits de tôle et rappelle l'héritage anglophone de la communauté raizal, descendante de colons britanniques et d'Africains affranchis.
Saveurs et culture raizal
La cuisine locale marie mer des Caraïbes et influences créoles : rondón au lait de coco mijoté des heures, poisson frit accompagné de riz aux haricots rouges, beignets de crabe vendus au bord de la route. Dans les rues du centre, l'espagnol se mélange au créole anglais, et la musique passe sans transition du calypso au vallenato. Cette double appartenance, colombienne et antillaise à la fois, donne au lieu une personnalité qu'aucune autre destination du pays ne partage.
Bon à savoir
- Débarquement en annexe au quai d'El Cove; taxis disponibles à la sortie, environ 20 minutes vers le centre.
- Monnaie : le peso colombien; les dollars américains sont parfois acceptés, la monnaie rendue en pesos.
- Mer parfois agitée pour les sorties en barque : prévoir un sac étanche pour appareils et téléphones.
Au retour, tandis que l'annexe retraverse le lagon, les sept couleurs défilent une dernière fois sous la coque. San Andres laisse ce mélange singulier de légèreté insulaire et de vitalité créole, et l'envie très nette de revenir compter les nuances de bleu.