Buenaventura Colombia

Une île posée dans un estuaire, reliée au continent par un pont : voilà le socle sur lequel Buenaventura s'est construite. La ville occupe l'île de Cascajal, à une quinzaine de kilomètres de l'océan ouvert, au fond d'une baie où la forêt tropicale descend jusqu'aux mangroves. C'est ici que transite l'essentiel du commerce maritime colombien sur le Pacifique, et c'est ici aussi qu'une autre Colombie se révèle : afro-colombienne, musicienne, tournée vers la mer et les rivières.

Les navires de croisière restent rares dans ces eaux. Le premier d'entre eux, le MS Hamburg, a inauguré l'escale en novembre 2023 lors d'un tour du monde. Descendre à quai ici, c'est donc aborder une destination qui apprend encore à recevoir des passagers, avec ce que cela suppose de spontanéité et de vraie vie locale. Les excursions organisées demeurent la façon la plus simple de profiter de la journée.

Le malecón Bahía de la Cruz, cœur battant de la ville

À courte distance des quais, le malecón Bahía de la Cruz longe la baie et rassemble la population à toute heure. Les kiosques diffusent de la musique, les vendeurs proposent des jus de fruits et du poisson grillé, la brise marine tempère la chaleur. C'est le meilleur endroit pour sentir le rythme de la côte pacifique colombienne, si différente de celle des Caraïbes. Ouvrez l'oreille : la marimba accompagne souvent les fins d'après-midi et rythme les fêtes du littoral.

La cuisine mérite qu'on s'y attarde. Les restaurants du bord de mer servent des cazuelas de fruits de mer, du riz au coco et des poissons de l'estuaire, préparés selon des recettes transmises dans les familles depuis des générations.

Sur l'eau, vers les plages et les baleines

L'estuaire constitue le véritable terrain de jeu de l'escale. Des embarcations partent du front de mer vers les villages côtiers de Juanchaco et de Ladrilleros, connus pour leurs falaises et leur sable sombre. La traversée offre un beau point de vue sur l'ampleur de la baie et sur les collines couvertes de forêt.

Entre juillet et octobre, un spectacle attire tous les regards : les baleines à bosse remontent de l'hémisphère Sud pour mettre bas dans les eaux chaudes du parc national Uramba Bahía Málaga, l'un des meilleurs sites d'observation du pays. Les sorties en bateau permettent d'approcher les souffles et les sauts de ces géantes, parfois accompagnées de leurs baleineaux. Si votre passage coïncide avec la saison, réservez cette sortie sans hésiter : elle donne son sens à toute la journée.

San Cipriano, la forêt au bout des rails

Autre curiosité de la région, la réserve naturelle de San Cipriano se rejoint d'une manière qui vaut à elle seule le déplacement : des plateformes de bois montées sur les rails d'une ancienne voie ferrée, propulsées par des motocyclettes. Les habitants appellent ces engins des « brujitas ». Au bout du trajet, une rivière d'une transparence étonnante serpente dans la forêt. On s'y baigne, on s'y laisse porter en chambre à air, on y observe oiseaux et papillons. L'excursion demande une bonne partie de la journée : vérifiez l'heure de retour à bord avant de vous engager.

Une escale qui se prépare

Buenaventura demande un peu d'accompagnement. La ville vit d'abord de son activité maritime, et les quartiers ne se prêtent pas tous à la promenade improvisée. Restez dans les secteurs animés du malecón, privilégiez les sorties encadrées par un guide et gardez des espèces en petites coupures pour les achats du quotidien. Le climat, lui, ne fait pas de mystère : cette région compte parmi les plus arrosées de la planète, et une averse peut survenir à tout moment. Un vêtement imperméable léger rend de fiers services.

Au retour vers le navire, la baie s'étire dans la lumière grise ou dorée selon l'humeur du ciel. Les pirogues croisent les porte-conteneurs, les frégates planent au-dessus des mangroves. Peu de croisiéristes peuvent dire qu'ils ont posé le pied sur le littoral pacifique de la Colombie : vous ferez partie de ceux qui savent ce que cache ce rivage, et ce souvenir-là ne ressemble à aucun autre.