Deux mille ans d'histoire dorment sous les rues de Durrës, et il suffit parfois d'un chantier pour qu'un pan de mosaïque refasse surface. Principal port de l'Albanie et porte d'entrée vers Tirana, la ville accueille les navires au cœur même de son centre, si bien que l'essentiel se parcourt à pied en une couple d'heures. Voilà une escale encore peu fréquentée des circuits adriatiques, et c'est précisément ce qui fait son intérêt.
Dès la sortie du terminal, la vie albanaise se présente sans mise en scène : cafés remplis dès le matin, familles qui déambulent sur le front de mer, vendeurs de maïs grillé. L'accueil y est direct et curieux, dans un pays qui redécouvre le tourisme depuis une trentaine d'années seulement.
L'amphithéâtre, géant enfoui dans la ville
À quelques rues du port se cache le plus grand amphithéâtre des Balkans. Élevé au 2e siècle de notre ère, il pouvait rassembler jusqu'à 20 000 spectateurs. Sa particularité tient à son insertion dans le tissu urbain : des maisons se sont construites tout autour, et l'on descend dans l'arène comme dans une excavation en plein quartier. Une chapelle byzantine ornée de mosaïques s'est même glissée dans ses galeries, témoignage des vies successives du monument.
Du forum byzantin à la tour vénitienne
En poursuivant dans le centre, on croise les vestiges du forum byzantin, des segments de remparts et la tour vénitienne qui garde l'entrée de la vieille ville, rappel du passage de la Sérénissime sur cette côte. Le Musée archéologique, installé près du rivage, rassemble amphores, statuettes et stèles issues de l'ancienne Dyrrachium, colonie fondée par les Grecs au 7e siècle avant notre ère. C'est d'ici que partait la Via Egnatia, la voie romaine qui reliait l'Adriatique à Constantinople : pendant des siècles, tout ce que Rome expédiait vers l'Orient passait par ces quais. Entre deux sites, la Grande Mosquée et les immeubles de l'époque communiste racontent, eux, le 20e siècle albanais.
Le front de mer et la plage
Durrës aligne l'une des plus longues plages de l'Adriatique, une bande de sable qui s'étire au sud du centre. La promenade aménagée longe la baie et se prête à une marche sans but précis, un café à la main, entre les palmiers et les jeux d'enfants. L'eau peu profonde en fait un lieu de baignade familial durant la belle saison. Au retour, les kiosques vendent beignets et maïs grillé que l'on grignote face aux vagues, au milieu des promeneurs.
Tirana, l'excursion capitale
À environ 39 km, Tirana constitue l'excursion classique de cette escale. La place Skanderbeg, le quartier coloré de Blloku, autrefois réservé aux dignitaires du régime, et le musée Bunk'Art, aménagé dans un ancien bunker antiatomique, composent un portrait saisissant de l'Albanie contemporaine. Comptez environ une heure de route par direction, en excursion organisée ou en taxi négocié au port.
Quelques distances utiles
| Attrait | Accès depuis le terminal |
| Amphithéâtre romain | À pied, une dizaine de minutes |
| Tour vénitienne et remparts | À pied, dans le centre |
| Plage de Durrës | À pied ou courte course en taxi |
| Tirana | Environ 39 km, une heure de route |
Ceux qui restent en ville termineront volontiers l'après-midi à une terrasse près de la tour vénitienne, devant un café à la turque ou un verre de raki, pendant que les pêcheurs rentrent au port. Les prix demeurent parmi les plus doux de la Méditerranée, ce qui ajoute au plaisir simple de cette escale.
Durrës ne cherche pas à séduire; elle se contente d'être elle-même, avec ses couches d'histoire empilées sans façon et sa population accueillante. En regagnant la passerelle, on se surprend à penser que l'Adriatique gardait, sur sa rive orientale, un chapitre que bien des voyageurs n'ont pas encore lu.