Le temps ralentit sur le canal de la Marne au Rhin. Les péniches y avancent au pas, d'écluse en écluse, entre des rangées de peupliers et des champs qui ondulent jusqu'aux collines du Kochersberg. Quand le bateau s'immobilise à la halte fluviale de Waltenheim-sur-Zorn, le silence n'est troublé que par le clapotis de l'eau et le carillon lointain d'un clocher. Bienvenue dans l'Alsace des villages, à une vingtaine de kilomètres au nord-ouest de Strasbourg, sur cette voie d'eau du 19e siècle qui reliait autrefois Paris au Rhin et que les bateaux de tourisme ont doucement adoptée.

Ici, aucun monument ne réclame la vedette. L'intérêt de l'étape tient tout entier dans l'atmosphère d'un bourg rural resté fidèle à lui-même, au creux de la vallée de la Zorn.

Un village à hauteur d'homme

Depuis la halte, quelques minutes de marche mènent au cœur du village. Les maisons à colombages s'alignent le long de rues calmes, fleuries de géraniums en été. L'église Saints-Pierre-et-Paul veille sur l'ensemble, et une curiosité attire l'œil des promeneurs : une demeure ornée d'une vaste fresque murale de 80 mètres carrés inspirée du conte de Hansel et Gretel, clin d'œil de conte de fées dans un décor déjà digne d'un livre d'images. On croise des tracteurs, des habitants qui saluent, des poules derrière les clôtures ; les enfants viennent parfois observer depuis la berge la manœuvre d'amarrage. Rien de spectaculaire, tout de vrai.

Le chemin de halage à vélo ou à pied

La véritable richesse de l'escale se trouve le long de l'eau. Une piste cyclable suit le canal sur des dizaines de kilomètres, jusqu'à Saverne vers l'ouest, et les bateaux fluviaux mettent souvent des vélos à disposition. Pédaler sur l'ancien chemin de halage, entre les écluses fleuries et les hérons qui s'envolent à l'approche, procure un plaisir simple dont on ne se lasse pas. Les marcheurs se contenteront d'une balade au fil de l'eau, à regarder passer les bateaux de plaisance qui négocient les écluses. Au printemps, les vergers en fleurs bordent le parcours ; à l'automne, la brume s'attarde sur l'eau jusqu'au milieu de la matinée et donne au paysage des allures d'aquarelle.

Saveurs de la vallée de la Zorn

L'Alsace se goûte autant qu'elle se regarde. Selon l'heure et les escales du programme, une winstub des environs servira une choucroute garnie ou un baeckeofe, ce ragoût de viandes marinées cuit lentement en terrine. La région de Hochfelden, toute proche, perpétue une tradition brassicole réputée, tandis que les vins alsaciens, du riesling au gewurztraminer, accompagnent volontiers le repas. Un kougelhopf et un café suffisent parfois à transformer une simple pause en souvenir gourmand, surtout lorsqu'il se prend dehors, au soleil, avec vue sur les toits pentus du voisinage et, qui sait, une cigogne de passage dans le ciel alsacien.

La campagne comme décor

Autour du village, la vallée déroule un paysage agricole vallonné, ponctué de clochers et de bosquets. Les collines du Kochersberg au sud, les premières hauteurs des Vosges à l'ouest : tout invite à lever les yeux et à respirer. Des sentiers balisés permettent d'allonger la marche vers les hauteurs et d'embrasser la vallée du regard. C'est une France rurale et paisible, à mille lieues des foules estivales, que bien des voyageurs disent redécouvrir ici avec émotion.

Quand la péniche repart

Le soir venu, les amarres glissent sans bruit et le village s'éloigne derrière son rideau d'arbres. Restent en mémoire une fresque de conte, le grincement d'une écluse, l'odeur d'un plat mijoté. Les grandes capitales imposent leurs souvenirs ; Waltenheim-sur-Zorn, lui, les murmure. Et ce murmure-là, curieusement, résiste mieux au temps que bien des fanfares.