Il existe peu d'endroits où l'Europe centrale rencontre l'Adriatique aussi franchement qu'à Trieste. Longtemps port impérial de l'Autriche-Hongrie, la cité a conservé de cette époque des palais néoclassiques, des cafés à la viennoise et une élégance légèrement mélancolique qui la distingue de toutes les autres escales italiennes. Le navire accoste à la Stazione Marittima, sur le Molo dei Bersaglieri, en plein centre du front de mer : la promenade commence dès la passerelle.
La Piazza Unità d'Italia, un salon ouvert sur la mer
À cinq minutes à pied du quai s'ouvre la Piazza Unità d'Italia, souvent citée comme la plus vaste place d'Europe donnant directement sur l'eau. Trois de ses côtés alignent des palais du XIXe siècle, dont l'hôtel de ville et son campanile ainsi que les anciens sièges des grandes compagnies maritimes et d'assurances qui firent la fortune du port franc. Le quatrième côté, lui, se prolonge simplement vers le large. Quand la bora souffle, ce vent du nord-est qui balaie parfois la région, on comprend pourquoi les Triestins marchent penchés et pourquoi des rampes courent le long de certaines rues.
Le Canal Grande et les cafés littéraires
En longeant les quais vers le nord, une dizaine de minutes suffisent pour atteindre le Canal Grande, un bassin creusé au XVIIIe siècle afin que les voiliers viennent décharger au milieu du Borgo Teresiano, le quartier commerçant voulu par l'impératrice Marie-Thérèse. L'église Sant'Antonio ferme la perspective, et sur le Ponte Rosso, une statue de bronze représente James Joyce, qui vécut ici plus de dix ans et y commença son œuvre maîtresse. Autour, les terrasses invitent à la pause : Trieste demeure une capitale du café, à la fois grand port d'importation des grains et patrie de torréfacteurs réputés. S'attabler au Caffè degli Specchi ou au Caffè San Marco, aux boiseries centenaires, fait partie de l'escale au même titre que n'importe quel monument.
San Giusto, la colline des origines
Pour saisir les racines antiques de la cité, il faut gravir la colline de San Giusto, à une vingtaine de minutes de marche en pente depuis la grande place. On y trouve la cathédrale du même nom, née de la fusion de deux églises romanes et ornée de mosaïques byzantines, ainsi qu'un château des XVe et XVIIe siècles dont les remparts offrent un panorama complet sur les toits et le golfe. En redescendant, le théâtre romain du Ier siècle apparaît au pied de la colline, encastré dans le tissu urbain comme un rappel discret de la Tergeste antique.
Miramare, le rêve d'un archiduc
Si l'escale accorde quelques heures de plus, le château de Miramare mérite le déplacement. Construit dans les années 1850 pour l'archiduc Maximilien de Habsbourg sur un promontoire à environ huit kilomètres au nord-ouest du centre, il dresse sa silhouette blanche entre un parc de 22 hectares et les flots. Ses salons meublés racontent le destin tragique de ce prince devenu brièvement empereur du Mexique. Un taxi ou l'autobus urbain permet d'y aller en une trentaine de minutes.
Repères pour l'escale
| Depuis le quai | Distance | Accès |
|---|---|---|
| Piazza Unità d'Italia | 300 m | 5 min à pied |
| Canal Grande | 1 km | 10 à 15 min |
| Colline de San Giusto | 1,2 km | 20 min, en montée |
| Château de Miramare | 8 km | taxi ou autobus, environ 30 min |
Avant de remonter à bord, il reste un dernier geste à poser : s'avancer sur le Molo Audace, cette jetée de pierre longue de 246 mètres qui s'enfonce dans le golfe face à la Stazione Marittima. Les habitants y viennent marcher à toute heure, entre les voiliers et les cargos au mouillage. De là, la façade entière de la cité se déploie, et l'on devine ce que tant d'écrivains sont venus chercher ici : une lumière d'Adriatique posée sur une âme d'Europe centrale. On repart avec le goût de l'espresso et l'envie d'y revenir par la route du littoral, un jour de grand vent.


