Il fut un temps où ce bourg de la rive gauche de la Saône était capitale d'un État minuscule, la principauté de Dombes, avec son parlement, sa monnaie et ses imprimeurs fameux dans toute l'Europe. Trévoux, à 25 km en amont de Lyon, a gardé de cette grandeur passée un patrimoine étonnant pour sa taille. Les bateaux font halte au Bas Port, sous les terrasses de la vieille ville étagée à flanc de coteau, et tout se visite à pied, pour peu qu'on accepte quelques montées pavées.

Le parlement de Dombes

Dans la rue principale, une façade sobre cache l'une des surprises de la vallée : la salle d'audience du parlement, avec son plafond peint du XVIIe siècle, classé monument historique. C'est ici que se jugeaient les affaires de la principauté, indépendante du royaume de France jusqu'en 1762. Les boiseries, les fleurs de lys et les allégories peintes composent un décor de justice d'Ancien Régime miraculeusement parvenu jusqu'à nous. Les audiences attiraient plaideurs et avocats de toute la région, et l'on imagine sans peine le brouhaha des grands jours sous les poutres peintes. La visite, courte, se complète des expositions consacrées à l'histoire singulière de ce micro-État.

L'apothicairerie et l'hôpital de Montpensier

Quelques pas plus loin, l'ancien hôpital fondé grâce à la Grande Mademoiselle, duchesse de Montpensier, conserve son apothicairerie du XVIIIe siècle : des rangées de pots de faïence bleue et blanche, mortiers et balances, alignés dans leurs boiseries d'origine. On y expliquait déjà la préparation des remèdes aux malades de la Dombes voisine, pays des mille étangs. L'endroit sent la cire et l'histoire de la médecine, et les guides locaux en parlent avec une gourmandise communicative.

Le château fort et son panorama

La montée de l'Orme, raide et pavée, hisse les marcheurs jusqu'au château féodal qui coiffe la colline. De la forteresse des sires de Villars, XIIIe et XIVe siècles, subsistent un donjon octogonal en pierres dorées, cas rare en France, et des tours d'où le panorama récompense l'effort : la boucle de la Saône, les monts d'Or lyonnais, les premières collines du Beaujolais, avec des tables d'orientation pour mettre un nom sur chaque clocher. Au retour, les ruelles médiévales redescendent en pente douce entre demeures anciennes et ateliers d'artistes.

Le souvenir des imprimeurs

Trévoux fut aux XVIIe et XVIIIe siècles un centre d'imprimerie de premier plan : à l'abri de la censure royale, ses presses publièrent journaux et surtout le fameux Dictionnaire de Trévoux, encyclopédie en plusieurs volumes qui fit référence dans l'Europe des Lumières et servit d'aiguillon à celle de Diderot. La ville, labellisée Ville d'art et d'histoire, évoque cet âge d'or dans ses circuits et ses panneaux. Marcher ici, c'est croiser l'ombre des typographes autant que celle des princes, et quelques librairies entretiennent la filiation.

Terrasses sur la Saône

Retour au bord de l'eau pour la récompense finale : les quais plantés d'arbres, la plage de galets où les Lyonnais viennent flâner le dimanche, et les terrasses qui servent friture de la Saône, grenouilles en persillade et volaille à la crème, spécialités des environs. La Dombes toute proche fournit carpes et brochets, le Beaujolais le pot de vin frais. Face au pont suspendu et au lent trafic des péniches, pendant que les cygnes patrouillent entre les pontons, l'heure du déjeuner s'étire volontiers.

Le bateau reprend ensuite son fil vers Lyon ou la Bourgogne, et Trévoux replie ses souvenirs de principauté comme on referme un beau livre ancien. Un parlement, un dictionnaire, un donjon doré : c'est beaucoup pour un bourg qu'on traverse en vingt minutes, et c'est précisément ce qui rend cette halte savoureuse. Les petites capitales oubliées font parfois les plus grands récits d'escale.