Thessalonique se découvre en marchant le long de l'eau. Le terminal se trouve à environ 1,5 km du centre, et un quart d'heure de promenade sur le front de mer suffit pour rejoindre la place Aristotelous, cœur battant de la deuxième ville de Grèce. En chemin, les cafés débordent sur les trottoirs, les étudiants refont le monde et les vendeurs de koulouri, ces anneaux de pain au sésame, hèlent les passants. Byzantine, ottomane, juive, grecque : la cité a été tout cela à la fois, et chaque quartier en garde une trace.

La Tour Blanche, sentinelle du golfe

Impossible de la manquer : la Tour Blanche ponctue la promenade comme un point d'exclamation. Cette rotonde fortifiée du XVe siècle, ancienne prison ottomane, abrite désormais un musée qui déroule l'histoire de la cité étage par étage. La montée en colimaçon débouche sur une terrasse circulaire d'où le regard embrasse le golfe Thermaïque et, par temps clair, la silhouette du mont Olympe de l'autre côté de l'eau. Difficile de trouver meilleur poste d'observation pour prendre la mesure des lieux.

Galère, Rotonde et mosaïques d'or

Quelques rues plus haut, l'arc de Galère enjambe l'ancienne voie romaine, ses bas-reliefs racontant les campagnes de l'empereur. Juste derrière, la Rotonde, colossale construction circulaire du IVe siècle, a servi successivement de mausolée, d'église et de mosquée; ses mosaïques dorées comptent parmi les plus anciennes de l'art chrétien. Tout se visite à pied, chaque monument se trouvant à quelques rues du précédent. Les églises byzantines locales figurent au patrimoine mondial de l'UNESCO, et la basilique Agios Dimitrios, dédiée au saint patron de la cité, cache dans sa crypte les vestiges des thermes où il fut emprisonné.

Ano Poli, la ville d'en haut

Pour sentir une autre Thessalonique, un taxi ou l'autobus grimpe vers Ano Poli, le vieux quartier haut épargné par le grand incendie de 1917. Les maisons ottomanes à encorbellement s'accrochent aux pentes, les ruelles pavées serpentent entre les jardins et les remparts byzantins couronnent le tout. Depuis les hauteurs des remparts, la métropole entière s'étale jusqu'à la mer, un panorama qui justifie à lui seul le détour. La descente à pied, sans itinéraire précis, réserve les plus belles surprises. En chemin, des ateliers d'iconographes et des cafés de quartier rappellent que ces pentes restent habitées, loin de tout décor.

Marchés, bougatsa et culture du café

Au retour vers le centre, les halles Modiano et le marché Kapani concentrent les parfums du Levant : olives, épices, poissons sur glace, montagnes de fromages. Les marchands offrent volontiers une olive ou un cube de féta à goûter, argument de vente vieux comme les halles. C'est le moment de goûter la bougatsa, feuilleté à la crème ou au fromage que les Thessaloniciens dégustent à toute heure. La ville se dispute avec Athènes le titre de capitale gastronomique du pays, et ses tavernes comme ses pâtisseries plaident sa cause avec des arguments solides. Un café frappé en terrasse conclut l'affaire.

La promenade des parapluies

Si le temps le permet, la Nea Paralia, longue esplanade réaménagée qui file vers l'est, mérite une dernière flânerie. Les habitants y courent, y pédalent, y promènent poussettes et grands-parents face à la mer. L'œuvre « Parapluies » du sculpteur Zongolopoulos, envolée de tiges et de toiles d'acier, est devenue l'emblème moderne des lieux; au soleil couchant, les photographes s'y bousculent gentiment.

En regagnant le navire par le même front de mer, on mesure le chemin parcouru en quelques heures : Rome, Byzance et l'Empire ottoman traversés entre deux cafés. Thessalonique ne fige pas son histoire dans des vitrines. Elle la vit, bruyamment, généreusement, et laisse au voyageur l'envie très nette de revenir quand les tavernes allument leurs lampes.