À la pointe nord-ouest de la Sardaigne, la mer décline toutes les nuances possibles entre le turquoise et l'outremer. Stintino occupe une langue de terre étroite entre deux anses, face à l'île d'Asinara, et doit son existence à un déménagement forcé : en 1885, quarante-cinq familles de pêcheurs d'origine ligure durent quitter Asinara, réquisitionnée pour une station de quarantaine et une colonie pénitentiaire. Elles fondèrent ce village, et leur héritage maritime s'y lit encore à chaque coin de rue.
Un village de pêcheurs entre deux ports
Le bourg s'organise autour de ses deux anses, Porto Mannu et Porto Minori, où se balancent voiliers et barques colorées. Les navires de croisière de petite taille mouillent au large et débarquent leurs passagers en annexe, à quelques pas des ruelles centrales. La promenade révèle un bourg resté à échelle humaine : maisons basses aux teintes claires, filets qui sèchent, cafés où les habitants suivent le va-et-vient des bateaux. L'ambiance rappelle davantage la Ligurie des origines que les grandes stations sardes. Chaque été, les voiles latines des barques traditionnelles se rassemblent d'ailleurs pour une régate qui perpétue le lien des habitants avec la mer.
La mémoire de la tonnara
Pendant près d'un siècle, la vie de Stintino s'est réglée sur la pêche au thon. Le musée de la Tonnara, aménagé dans les bâtiments de l'ancienne madrague des Saline, active jusqu'aux années 1970, raconte cette épopée collective : filets gigantesques, flotteurs de liège, photographies d'archives et témoignages sonores des derniers tonnarotti. La visite donne une profondeur inattendue aux paysages de la côte, où les tours littorales de pierre, comme celles des Saline, du Falcone et de la pointe nord, montaient jadis la garde contre les incursions venues de la mer.
La Pelosa, une plage d'exception
À environ cinq kilomètres du centre, la plage de la Pelosa justifie à elle seule bien des escales. Son lagon aux eaux peu profondes s'étend sur des dizaines de mètres, posé sur un sable d'une blancheur singulière, avec la tour de la Pelosa plantée sur son îlot en toile de fond. L'endroit figure régulièrement parmi les plages les plus admirées d'Europe, ce qui impose ses règles : accès encadré en haute saison, natte de plage obligatoire pour protéger le sable et réservation recommandée. Des navettes relient le bourg au lagon durant la belle saison. Arriver tôt reste la meilleure stratégie les jours d'affluence.
Asinara, l'île interdite devenue parc
Face à Stintino, l'ancienne île-prison d'Asinara, longtemps fermée au public, est aujourd'hui un parc national où ânes albinos, mouflons et sangliers vivent en liberté parmi les bâtiments abandonnés. Des excursions en bateau partent du secteur pour en faire le tour ou y accoster, selon le temps disponible. En escale courte, mieux vaut s'en tenir à l'observation depuis la côte; l'île se laisse admirer de loin, silhouette allongée sur l'horizon. Le détroit qui sépare les deux rives cache par endroits des fonds clairs appréciés des amateurs de masque et de tuba.
Repères pratiques
- Débarquement en annexe près du centre; bourg entièrement accessible à pied.
- Plage de la Pelosa à environ 5 km; navettes saisonnières et règles de protection à respecter.
- Musée de la Tonnara pour comprendre l'histoire locale.
- Monnaie : euro. Spécialités : poulpe, langouste, boutargue de thon.
Le soir venu, quand l'annexe s'éloigne du rivage, les tours de guet s'assombrissent une à une le long de la côte. Stintino retourne alors à ses filets et à ses deux petits ports, comme depuis 1885. Les passagers, eux, gardent en mémoire la couleur exacte de l'eau du lagon, que peu d'endroits en Méditerranée savent reproduire. Beaucoup se promettent d'y revenir en septembre, quand la lumière s'adoucit et que les rivages se vident.


