Un volcan enneigé monte la garde de l'autre côté de la baie, des centaines d'îlots boisés parsèment le plan d'eau, et un clocher vert coiffé d'un bulbe doré s'élève au-dessus des toits. Sitka ne ressemble à aucune autre ville d'Alaska : ancienne capitale de l'Amérique russe, bâtie sur l'île Baranof face au mont Edgecumbe, elle mêle depuis deux siècles héritage tlingit, souvenirs impériaux et nature du Pacifique Nord en une seule escale étonnamment dense.

Rejoindre le centre-ville

Les grands navires accostent généralement à quelques kilomètres au nord de la ville, d'où des navettes gratuites conduisent les passagers, à rotations fréquentes, en une quinzaine de minutes jusqu'au cœur de Sitka, près du Harrigan Centennial Hall; les navires plus petits mouillent parfois devant le centre et débarquent leurs passagers en chaloupe. Une fois à terre, tout se fait à pied : le noyau historique est plat, compact, et les principaux attraits se trouvent à moins de vingt minutes de marche les uns des autres.

Sur les traces de l'Amérique russe

Au milieu de la rue Lincoln se dresse la cathédrale orthodoxe St. Michael, reconstruite à l'identique après l'incendie de 1966 et toujours vivante de ses icônes sauvées des flammes. À quelques pas, la maison de l'évêque russe, achevée en 1842 et restaurée par le National Park Service, compte parmi les rares bâtiments de cette période coloniale encore debout en Amérique du Nord. En gravissant la butte du Castle Hill, on rejoint l'esplanade où, en 1867, le drapeau impérial fut abaissé et la bannière américaine hissée lors du transfert de l'Alaska aux États-Unis. La vue sur la baie et le mont Edgecumbe y vaut à elle seule la montée, courte et facile.

Le parc des totems

En longeant le rivage vers l'est, on atteint en une dizaine de minutes le Sitka National Historical Park, que les habitants appellent simplement Totem Park. Un sentier ombragé y serpente sous les épinettes géantes, ponctué de mâts totémiques dressés entre les arbres, que la brume du matin rend presque irréels. C'est aussi un lieu de mémoire : le parc protège le site de la bataille de 1804 entre les guerriers tlingits et les forces russes. Le centre d'accueil présente le travail d'artistes autochtones, et il n'est pas rare d'y voir un sculpteur façonner le cèdre rouge sous vos yeux.

Rapaces, saumons et forêt pluviale

Un peu plus loin sur le même chemin, l'Alaska Raptor Center soigne aigles à tête blanche, faucons et chouettes blessés avant de les relâcher. Les volières de réadaptation se visitent, et le face-à-face avec un pygargue à moins de deux mètres marque durablement. Sur le chemin du retour, le Sitka Sound Science Center et son écloserie expliquent le cycle du saumon, pilier de toute la vie locale, avec des bassins tactiles qui retiennent longtemps petits et grands. Les amateurs de plein air peuvent aussi opter pour une sortie en bateau : loutres de mer, baleines et macareux fréquentent les eaux du détroit en saison.

L'escale en pratique

AttraitDepuis l'arrêt de navette, à pied
Cathédrale St. Michael5 min
Castle Hill10 min
Résidence de l'évêque7 min
Totem Park10 à 15 min
Alaska Raptor Center25 min ou court trajet en taxi

Dernier regard sur le détroit

Au retour vers le navire, beaucoup de passagers gardent en tête un détail plutôt qu'un monument : le parfum d'épinette et d'algues sur le sentier des totems, le cri d'un pygargue au-dessus du port, la silhouette parfaite du volcan posée sur l'eau dans la lumière du soir. La ville a changé trois fois de drapeau sans jamais perdre son caractère, et c'est ce caractère, plus que tout le reste, qui monte à bord avec vous au moment du départ.