Il fut un temps où l'on descendait sous le lac Supérieur pour y chercher de l'argent. Au large d'un minuscule îlot rocheux, des mineurs creusaient des galeries à des centaines de mètres sous les vagues, derrière des brise-lames de bois que les tempêtes démolissaient sans relâche. Silver Islet, hameau posé à la pointe de la péninsule Sibley, là où finit la route venue de Thunder Bay, garde la mémoire de cette aventure improbable. Les navires d'expédition qui sillonnent les Grands Lacs en ont fait une escale confidentielle, aux antipodes des grands ports.

Arriver au pied du Géant endormi

Les passagers rejoignent la rive en embarcation légère, dans une anse abritée où s'alignent chalets de bois et quais privés. Au-dessus du hameau se dresse le profil du Géant endormi, cette formation rocheuse allongée qui semble flotter sur le lac et que protège le parc provincial Sleeping Giant. L'air sent la forêt mouillée et l'eau froide du large. Ici, pas de terminal ni de boutique hors taxes : une seule rue, des jardins soignés, quelques quais de bois et le silence immense du plus grand lac d'eau douce au monde par sa superficie.

La mine sous le lac

En 1868, des prospecteurs de la Montreal Mining Company repèrent une veine d'argent d'une pureté exceptionnelle sur un îlot qui dépasse à peine de l'eau, au large de la rive. Une compagnie américaine développe le site à partir de 1870 : l'îlot est agrandi plus de dix fois avec de la roche concassée, ceinturé d'ouvrages de bois, et les puits descendent toujours plus profond sous le lac. La mine devient l'une des plus productives de son époque, avant de fermer en 1884, lorsque le charbon nécessaire aux pompes n'arrive pas à temps et que l'eau reprend les galeries. Depuis la berge, on distingue encore l'îlot dénudé, dernier vestige visible de cette épopée. Par temps calme, les résidents racontent qu'on devine sous la surface l'ombre des ouvrages engloutis.

Le magasin général de 1871

Au centre du hameau, le magasin général construit pour les mineurs en 1871 a été restauré avec soin. Selon les saisons, son salon de thé sert scones et café aux visiteurs de passage, entre des étagères qui évoquent le comptoir d'autrefois. Les résidents s'y croisent comme au premier jour, et la conversation s'engage facilement : plusieurs familles occupent les anciennes maisons de mineurs depuis des générations et racontent leur coin de lac avec une affection contagieuse.

Marcher dans la forêt boréale

Selon l'organisation de la journée, des marches guidées mènent vers les points de vue de la péninsule. Les sentiers du parc provincial traversent une forêt d'épinettes et de bouleaux, débouchant sur des caps de basalte d'où le regard porte loin sur le Supérieur. Les naturalistes du bord signalent orignaux, renards et oiseaux boréaux, plus souvent entendus qu'aperçus. Même une courte boucle donne la mesure du lieu : une nature ancienne, à peine entamée par le passage des hommes.

Ce qu'il faut savoir

  • Escale réservée aux navires d'expédition; débarquement selon les conditions du lac.
  • Services très limités : apporter ce dont on a besoin, emporter ses déchets.
  • Chaussures de marche recommandées pour les sentiers et les berges rocheuses.
  • Réseau cellulaire intermittent : une excellente excuse pour ranger le téléphone.

Un adieu en eau claire

Au moment du départ, le hameau disparaît derrière la pointe et il ne reste que le Géant, couché sur l'horizon. On repense alors aux mineurs qui entendaient le lac gronder au-dessus de leur tête, et à la poignée d'habitants qui veillent aujourd'hui sur leur histoire. Les escales les plus modestes sont parfois celles qui occupent le plus de place dans les récits du retour, et Silver Islet en fournit une preuve éloquente.