Avant Paris, avant Chartres, avant Reims, il y eut Sens. C'est ici, vers 1135, que fut entreprise la première cathédrale gothique de l'histoire, et c'est vers cette masse claire dressée au-dessus des toits que convergent tous les regards lorsque le bateau s'amarre à la halte fluviale de l'Yonne. Le ponton du quai borde presque le centre ancien : quelques minutes de marche séparent la passerelle du parvis.
La ville fut l'une des grandes cités religieuses du royaume, siège d'un archevêché puissant dont dépendait même Paris au Moyen Âge. Ce passé donne à la cité une densité patrimoniale étonnante pour sa taille, concentrée dans un centre que l'on parcourt aisément entre deux heures d'amarrage. Le nom même du lieu vient des Sénons, ce peuple gaulois dont les guerriers marchèrent jadis sur Rome : on mesure mal, aujourd'hui, combien cette cité paisible pesa lourd dans l'histoire.
Saint-Étienne, l'aînée des cathédrales gothiques
Franchir le portail central, sous le tympan consacré à saint Étienne, c'est entrer dans le laboratoire où le gothique a fait ses premiers essais : voûtes sexpartites, piliers alternés, lumière déjà triomphante. Les verrières du 12e au 16e siècle content leurs histoires, dont celle de Thomas Becket, l'archevêque de Canterbury qui trouva refuge à Sens durant son exil avant son assassinat en Angleterre; ses vêtements liturgiques comptent parmi les reliques du lieu. Son trésor, l'un des plus riches de France, aligne tissus précieux, ivoires et orfèvrerie dans une pénombre recueillie.
Le palais synodal et les musées
Accolé au monument, le palais synodal du 13e siècle dresse sa façade percée de rosaces et son grand toit de tuiles vernissées restauré par Viollet-le-Duc. Avec l'ancien palais des archevêques, il abrite les musées de Sens : collections gallo-romaines remarquables, riches en sculptures et en mosaïques mises au jour dans la région, salles consacrées à l'histoire de la cité et, bien sûr, l'accès au trésor. L'ensemble forme un îlot monumental que l'on contourne en admirant le travail du temps.
Halles, pans de bois et bords d'Yonne
Face au parvis, le marché couvert dresse sa charpente métallique et sa brique du 19e siècle; les jours de marché, les étals de fromages de Bourgogne, de volailles et de légumes y créent l'animation qui manque parfois aux villes-musées. On y entend l'accent bourguignon rouler entre les étals, et c'est un plaisir qui ne coûte rien. Autour, les rues piétonnes alignent maisons à pans de bois, dont la maison d'Abraham sculptée en angle, boutiques et salons de thé. En redescendant vers l'Yonne, les quais aménagés et les jardins de l'orangerie offrent un retour paisible vers le bateau, sous les arbres, le long d'une rivière qui a porté pendant des siècles le bois et le vin vers Paris.
L'escale en un coup d'œil
| Attrait | Accès depuis la halte fluviale |
|---|---|
| Cathédrale Saint-Étienne | Quelques minutes à pied |
| Palais synodal et musées | Îlot attenant |
| Marché couvert | Face au parvis |
| Quais de l'Yonne | Immédiat |
L'escale se prête à une visite sans hâte : une heure pour Saint-Étienne et son trésor, une autre pour les musées ou le marché, puis le temps d'un café sur une place où la vie locale suit son cours. Les amateurs de détails lèveront les yeux vers les gargouilles, les enseignes et les toits bourguignons; les gourmands repartiront avec un fromage de la région ou une bouteille de bourgogne blanc, à ranger au frais avant l'appareillage.
En larguant les amarres, la silhouette de Saint-Étienne s'attarde longtemps au-dessus des arbres de la rive. On songe alors que tout le gothique flamboyant d'Europe, ses flèches et ses rosaces, descend en droite ligne de ce chantier commencé au bord de l'Yonne. Les grandes histoires naissent parfois dans les villes tranquilles.


