Entre le lac Supérieur et le lac Huron, la rivière St. Marys dévale une vingtaine de mètres en rapides écumants. Depuis plus d'un siècle, les navires contournent cet obstacle par des écluses devenues légendaires : les Soo Locks. Faire escale à Sault-Sainte-Marie, du côté ontarien de la frontière, c'est s'arrêter au point de passage obligé de toute la navigation des Grands Lacs, là où lacs, forêts et histoire industrielle se rencontrent.

Accoster au bord de la St. Marys

Les navires qui sillonnent ces eaux intérieures s'amarrent près de la marina Roberta-Bondar, nommée en l'honneur de la première astronaute canadienne, native de la ville. Le centre-ville commence à quelques rues de là. Un trottoir de bois longe la rivière sur environ deux kilomètres, reliant la place du marché Mill Square à la Art Gallery of Algoma. En chemin, des panneaux racontent le passé de ce carrefour fréquenté par les Ojibwés bien avant l'arrivée des canots de la traite des fourrures.

Le canal historique canadien

À l'écart des grandes écluses américaines, le canal de Sault Ste. Marie, achevé en 1895, est aujourd'hui un lieu historique national administré par Parcs Canada. À son ouverture, il complétait une voie navigable entièrement canadienne entre l'Atlantique et le lac Supérieur et fonctionnait déjà à l'électricité produite sur place, une audace pour l'époque. On s'y promène à pied, on traverse l'écluse toujours en service pour les embarcations de plaisance, et on rejoint l'île South St. Marys, sillonnée de sentiers et de passerelles fréquentés par les ornithologues.

Voir passer les géants des lacs

Du côté américain, les Soo Locks demeurent parmi les écluses les plus achalandées au monde en tonnage. Les cargos de plusieurs centaines de mètres y franchissent un dénivelé d'environ 6,5 mètres entre le Supérieur et le Huron. Selon l'itinéraire, le navire de croisière franchit lui-même l'écluse : le passage, lent et silencieux, se vit depuis le pont supérieur, tasse de café à la main. Des croisières locales d'interprétation offrent aussi l'expérience au départ du centre-ville.

Des avions de brousse aux paysages du Groupe des Sept

Sur le front de mer, le Canadian Bushplane Heritage Centre occupe un ancien hangar des services aériens de l'Ontario. Une trentaine d'appareils y racontent l'époque où hydravions et pilotes de brousse ouvraient le Nord, combattaient les feux de forêt et ravitaillaient les communautés isolées. On grimpe dans certains cockpits, on écoute les moteurs rugir dans les présentations, et les enfants comme les grands en redemandent. Les amateurs d'art préféreront la Art Gallery of Algoma, dont les collections font écho aux paysages qui ont inspiré le Groupe des Sept dans la région voisine de l'Algoma. C'est d'ailleurs d'ici que part, en saison, le train d'excursion du canyon Agawa, qui s'enfonce en une journée dans ces mêmes décors d'eau vive et d'érables; les escales ne laissent généralement pas le temps du trajet complet, mais la gare rappelle à quel point la nature sauvage commence aux portes de la ville.

Quelques idées selon vos envies

  • Marcheurs : trottoir de bois du front de mer, canal historique et île South St. Marys.
  • Curieux d'histoire : visite guidée du lieu historique national et de ses bâtiments de pierre.
  • Familles : Bushplane Centre et parc riverain près de la marina.
  • Photographes : points de vue sur le pont international et les convois de cargos.

Reprendre le fil de l'eau

Quand le navire largue les amarres, la ville s'efface vite derrière les courbes de la rivière, mais le défilé des cargos continue, imperturbable. On garde de cette escale l'image d'une frontière liquide où tout transite, hommes, minerai et histoires, et l'envie de suivre un jour ces routes d'eau douce jusqu'au bout du plus vaste des Grands Lacs.