Au fond de la baie d'Amatique, entre les grues du terminal et les collines couvertes de brume, Santo Tomás de Castilla ne ressemble pas à une destination de vacances, et il faut l'accepter d'emblée : la ville elle-même est un port de travail, modeste et fonctionnel, voisin de Puerto Barrios. Les pentes vertes descendent pourtant jusqu'à la rive, et la brume s'accroche aux crêtes jusqu'au milieu du matin, promesse de ce qui attend plus loin. Sa valeur est ailleurs. De ce quai partent quelques-unes des plus belles excursions d'Amérique centrale, entre gorge tropicale, culture garifuna et stèles mayas. Ici, l'escale se pense comme une expédition d'un jour vers l'intérieur du Guatemala, et le choix de l'itinéraire fait toute la journée.
Premiers pas sur le quai
Dès la descente de la passerelle, un accueil coloré attend souvent les passagers : étals d'artisanat, textiles tissés des hautes terres aux teintes franches, café des plantations voisines, parfois quelques notes de marimba, l'instrument national aux lames de bois. C'est le bon endroit pour changer quelques dollars en quetzales, comparer les circuits et organiser son temps, car les distances imposent de choisir une seule grande direction.
Le Río Dulce, une gorge entre deux mondes
L'excursion emblématique emprunte la voie d'eau. En lancha, on remonte le Río Dulce à travers une gorge saisissante : des parois calcaires hautes de plusieurs dizaines de mètres, drapées de lianes et de fromagers, où nichent hérons, aigrettes et pélicans. Des sources chaudes sourdent par endroits au ras de la rive, et les pêcheurs circulent en cayucos, ces barques taillées dans un tronc, comme depuis des générations. Selon les circuits, la remontée mène jusqu'au Castillo de San Felipe de Lara, un petit fort espagnol du XVIIe siècle bâti pour barrer l'entrée du lac Izabal aux pirates qui remontaient piller les entrepôts coloniaux.
Livingston, l'Amérique garifuna
À l'embouchure du même fleuve, accessible uniquement par bateau, Livingston vit à part du reste du pays. La communauté garifuna, née de la rencontre entre naufragés africains et peuples caraïbes, y cultive sa langue, ses tambours et sa cuisine : le tapado, soupe de fruits de mer au lait de coco et aux bananes plantain, se déguste face à la mer, bercé par les percussions qui s'échappent des maisons de bois. Une halte d'une ou deux heures suffit pour sentir combien cette côte regarde davantage vers les Antilles que vers les volcans de l'altiplano.
Quiriguá, le rendez-vous avec les Mayas
Dans la vallée du Motagua, le site de Quiriguá, classé au patrimoine mondial de l'UNESCO, conserve les plus hautes stèles sculptées du monde maya : des monolithes de grès dressés il y a plus de mille ans, dont le plus imposant dépasse dix mètres. Sous les grands arbres de l'ancienne place cérémonielle, les visages des souverains émergent de la pierre avec un relief étonnant, et les perroquets commentent la visite depuis la canopée. Pour un premier contact avec cette civilisation, difficile de faire plus dense en quelques heures. Plus près du terminal, les sources de Las Escobas offrent une option courte : sentiers de forêt tropicale, bassins d'eau claire et cascades où se rafraîchir.
| Excursion | Accès | Durée indicative |
|---|---|---|
| Río Dulce et Castillo de San Felipe | environ 90 min d'autocar, ou circuit bateau | journée complète |
| Livingston | lancha depuis le quai | demi-journée à journée |
| Quiriguá | environ 90 min d'autocar | journée complète |
| Las Escobas | moins de 30 min | demi-journée |
Le soir venu, quand les collines de la baie repassent au violet, chacun rapporte un Guatemala différent : une gorge drapée de verdure, un tambour garifuna, un visage de pierre vieux de douze siècles. Peu de ports offrent un tel écart entre la sobriété du quai et la densité de ce qui l'entoure; c'est exactement ce qui donne envie d'y retourner, cette fois pour pousser jusqu'aux volcans.


