Les pointus donnent le ton avant même que l'annexe n'accoste : ces barques de pêche aux couleurs franches, emblèmes de Sanary-sur-Mer, dansent tout le long du quai. Cette escale varoise, nichée entre Toulon et Bandol, reçoit des navires de petite taille dont les passagers débarquent au centre même du village, face aux façades roses et ocre du front de mer, sous les palmiers alignés du quai. Rarement une escale n'installe aussi vite son visiteur dans la douceur provençale.

Un port de pêche resté fidèle à lui-même

Sanary vit toujours de sa flottille. Le matin, les pêcheurs vendent la dorade et le loup directement sur le quai, sous les platanes, comme leurs grands-parents avant eux. Les ruelles piétonnes qui rayonnent derrière les quais mènent à des placettes à fontaines, à des chapelles discrètes et à des boutiques d'artisans. Le mercredi, le marché déploie ses étals sur toute la longueur du port : olives, tapenades, melons, tissus provençaux et bouquets de lavande en font l'un des plus réputés de la région. Au-dessus du village, la chapelle Notre-Dame-de-Pitié, atteinte par un chemin ombragé en une vingtaine de minutes, veille sur la baie depuis le 16e siècle et offre le plus beau point de vue sur les toits et les collines du Gros Cerveau.

La tour romane et les pionniers de la plongée

Face aux flots, une tour médiévale du 13e siècle abrite un musée étonnant : celui de Frédéric Dumas, compagnon de la première heure du commandant Cousteau. C'est dans les eaux de Sanary et des environs que se sont déroulés, dans les années 1930 et 1940, les essais qui ont mené à l'invention du scaphandre autonome; la ville se présente ainsi, à bon droit, comme un berceau de la plongée moderne. Scaphandres anciens, appareils photographiques sous-marins et amphores y racontent cette aventure toute locale devenue mondiale.

Le refuge des écrivains allemands

Sanary porte aussi une mémoire plus grave et méconnue. Dans les années 1930, le village est devenu le refuge des intellectuels allemands et autrichiens fuyant le nazisme : Thomas Mann, Bertolt Brecht, Lion Feuchtwanger ou Franz Werfel y ont vécu ou séjourné, au point qu'on a pu parler de « capitale de la littérature allemande en exil ». Une plaque près de l'office de tourisme égrène leurs noms, et un circuit fléché mène aux villas qu'ils ont occupées. Flâner de l'une à l'autre donne à cette station balnéaire une profondeur que rien, au premier regard, ne laissait deviner. Aldous Huxley, installé quant à lui à l'écart du centre, écrivit ici Le meilleur des mondes.

Entre plages et vignobles

Autour du centre, de petites plages de sable et de galets se succèdent le long du sentier du littoral, vers la baie de Cousse ou la plage dorée de Portissol. Les amateurs de vin peuvent rejoindre Bandol, à quelques kilomètres, dont l'appellation produit des rouges de mourvèdre et des rosés estimés; plusieurs domaines accueillent les visiteurs pour une dégustation entre les rangs de vigne, face à la mer.

Repères d'escaleDétails
DébarquementEn annexe, au cœur du village
Marché provençalLe mercredi, le long du port
Notre-Dame-de-Pitié20 minutes de montée, vue sur la baie
À goûterPoisson du jour, tapenade, vins de Bandol

Le dernier pastis

Avant de rembarquer, il faut s'asseoir une dernière fois face aux pointus, quand le soleil descend derrière la colline et que les boules claquent sur la place voisine. Sanary ne cherche pas à éblouir : elle pratique un art plus rare et plus durable, celui de la mesure et de la fidélité à soi-même. C'est peut-être pour cela que tant d'exilés y avaient trouvé, un temps, la paix.