La traversée en annexe fait déjà partie du spectacle. Depuis le mouillage, la navette se faufile entre des voiliers classiques et des yachts démesurés avant de déposer les passagers directement sur le môle, parmi les cafés et les façades ocre et rose. En quelques secondes, tout y est : la lumière dorée qui a séduit les peintres, les coques vernies, les terrasses où l'on observe autant qu'on est observé. Saint-Tropez commence sans préambule.
Le port des peintres
Bien avant les vedettes de cinéma, cette bourgade de pêcheurs a attiré les artistes. Paul Signac y a jeté l'ancre en 1892 et y a entraîné Matisse, Bonnard et les pointillistes, séduits par une clarté qu'ils ne trouvaient nulle part ailleurs. L'Annonciade, installée dans une ancienne chapelle du 16e siècle à deux pas du quai, conserve leurs toiles : voir la place des Lices ou le clocher peint il y a plus d'un siècle, puis les retrouver intacts en sortant sur le quai, procure un plaisir rare. C'est la meilleure entrée en matière qui soit, avant même le premier café en terrasse.
La Ponche, l'autre Saint-Tropez
Derrière le quai Jean-Jaurès, le quartier de la Ponche préserve le bourg originel. Ruelles étroites, linge aux fenêtres, placettes où les chats somnolent à l'ombre : l'ancienne anse des pêcheurs, avec sa minuscule plage coincée entre les maisons, semble ignorer l'agitation des quais. On y débouche sur la tour du Portalet, face au golfe, là où les anciens regardaient rentrer les barques. Quelques mètres plus haut, le clocher jaune et ocre de l'église Notre-Dame-de-l'Assomption s'impose comme l'emblème de la presqu'île. Chaque année à la mi-mai, la bravade envahit ces mêmes ruelles : trois jours de processions en costume, de salves de mousquets et de ferveur en l'honneur du saint patron, une tradition observée depuis plus de quatre siècles.
La citadelle et son musée maritime
Un sentier grimpe en une quinzaine de minutes vers la citadelle du 17e siècle, posée sur sa colline plantée de pins parasols. Le donjon abrite un musée d'histoire maritime qui raconte les marins tropéziens, des caboteurs de Méditerranée aux navigateurs au long cours. Même sans entrer, la montée se justifie pleinement : le panorama embrasse les toits, le golfe et, par temps clair, les Alpes du Sud enneigées. Des paons se promènent librement dans les fossés, indifférents aux photographes.
La place des Lices, les plages et le mythe
Au cœur de Saint-Tropez, la place des Lices déroule ses platanes centenaires et ses parties de pétanque. Le marché du mardi et du samedi matin y aligne tissus provençaux, fruits confits et antiquités. Les cinéphiles reconnaîtront partout les décors d'Et Dieu créa la femme, tourné en 1956 avec Brigitte Bardot, qui a lancé le mythe moderne du lieu, et la façade de la fameuse gendarmerie, désormais consacrée au septième art. Les plages de Pampelonne s'étendent quant à elles à quelques kilomètres, accessibles en navette ou en excursion, mais une escale se suffit très bien du village et de son sentier du littoral, qui longe la côte vers des criques limpides.
| Repères d'escale | Détails |
|---|---|
| Débarquement | En annexe, directement au vieux port |
| Musée de l'Annonciade | Sur le port, chapelle du 16e siècle |
| Citadelle | 15 minutes de montée, musée maritime |
| Marché de la place des Lices | Mardi et samedi matin |
Quitter le golfe
Au moment de rembarquer, le soir venu, les façades du port prennent une teinte cuivrée que les projecteurs des yachts ne parviennent pas à éteindre. On comprend alors pourquoi tant de peintres ont refusé de repartir. Saint-Tropez a beau être l'un des noms les plus célèbres de la Méditerranée, il garde, à l'heure où les annexes regagnent les navires, la douceur d'un simple village face au soir.


