Deux rivières se rencontrent, et le village leur appartient. Saint-Mammès occupe la pointe où le Loing rejoint la Seine, au sud de la forêt de Fontainebleau, et son quai d'escale accueille les bateaux fluviaux à quelques mètres des maisons. Les péniches amarrées le long des berges rappellent immédiatement ce que ce lieu fut pendant plus d'un siècle : l'une des grandes communautés de mariniers de l'Île-de-France, avec Conflans-Sainte-Honorine. On descend la passerelle sans programme imposé, et c'est très bien ainsi : tout, ici, se trouve à distance de flânerie.

Le village des mariniers

La batellerie a tout façonné à Saint-Mammès. Les façades tournées vers l'eau, les anneaux d'amarrage scellés dans la pierre, les étroites venelles qui filent entre les jardins : tout parle du temps où des dizaines de familles vivaient à bord et attendaient ici un chargement pour Paris. Une tradition en témoigne encore : les joutes nautiques, pratiquées sur le Loing depuis la fin du 19e siècle, où les jouteurs s'affrontent debout à la proue de leurs barques, sous les encouragements de la foule rassemblée sur les berges. Le long du quai, le Jonor, un bateau-musée amarré à la berge, raconte de cale en cabine cette vie de navigation intérieure, ses codes et ses routes qui traversaient la France entière.

Une église plus que millénaire

En retrait des berges, l'église paroissiale surprend par son ancienneté : ses parties les plus vieilles remontent aux environs de l'an 1000. L'intérieur conserve une statue du saint patron sculptée au 13e siècle et une Vierge à l'Enfant du 14e. La halte ne demande qu'une vingtaine de minutes, mais elle inscrit les lieux dans une histoire bien antérieure aux canaux et aux péniches. Autour de l'édifice, quelques maisons anciennes serrent leurs murs de pierre autour d'un enclos paisible.

Dans la lumière des impressionnistes

Alfred Sisley a planté son chevalet des dizaines de fois sur ces berges. Le peintre impressionniste, installé à Moret-sur-Loing voisin jusqu'à sa mort en 1899, revenait sans cesse vers le confluent, ses ciels changeants et les reflets de l'eau. Des pupitres d'orientation, disposés en plein air, jalonnent aujourd'hui les lieux exacts qu'il a peints : on peut comparer la toile reproduite et le paysage réel, souvent à peine modifié. La promenade se poursuit naturellement vers Moret-sur-Loing, tout proche, dont les portes fortifiées, le donjon et les maisons à pans de bois composent un décor médiéval resté étonnamment intact. Sur place, la spécialité locale s'impose : le sucre d'orge des religieuses de Moret, fabriqué selon une recette du 17e siècle.

Fontainebleau à portée d'escale

Plusieurs croisières fluviales font halte à Saint-Mammès précisément pour rejoindre le château de Fontainebleau, à une quinzaine de kilomètres. Résidence des rois de France pendant huit siècles, il déroule ses galeries Renaissance, son escalier en fer à cheval et ses jardins à la française. L'excursion occupe une demi-journée et complète bien la balade dans le village, dans un contraste saisissant entre le faste royal et la simplicité batelière.

Repères d'escaleDétails
AmarrageQuai d'escale au cœur du village
Moret-sur-LoingÀ 2 km, promenade le long de la rivière
Château de FontainebleauÀ une quinzaine de kilomètres, excursion d'une demi-journée
À goûterSucre d'orge de Moret, fromages briards

Le retour au quai

En regagnant le bateau, on longe une dernière fois les péniches, dont certaines fument doucement à l'heure du souper. Des enfants pêchent au bord du Loing, les habitués se saluent d'une rive à l'autre. Saint-Mammès ne cherche pas à impressionner; on y vit simplement au rythme de l'eau, et c'est exactement ce qui reste en mémoire quand la Seine reprend le voyage.