Le Rhône a façonné ce village comme il polit ses galets : lentement, obstinément. Saint-Étienne-des-Sorts s'étire sur la rive droite, dans le Gard, entre un quai planté d'arbres et des collines piquées d'oliviers. Aucun monument spectaculaire n'attend le voyageur ici, et c'est précisément l'intérêt de la halte : quelques heures dans un bourg rhodanien qui vit encore au rythme de son fleuve et de ses vignes, loin des itinéraires balisés de la Provence voisine. Le bateau s'amarre au pied des maisons, et tout l'espace de la halte se parcourt en une promenade tranquille.
Une mémoire de mariniers
Pendant des siècles, les habitants ont vécu de l'eau plus que de la terre. Dès 1535, des actes mentionnent la vente des droits de port et de péage perçus ici sur les convois qui descendaient sel, vin et marchandises vers la Méditerranée. Les hommes du pays servaient de passeurs et de bateliers à bord de barcots, ces embarcations à fond plat conçues pour les caprices d'un courant alors indompté, capable d'emporter une récolte ou un pont en une seule crue. En longeant la berge, on devine encore cette vocation : anneaux d'amarrage scellés dans la pierre, façades tournées vers l'eau, et ce respect instinctif que les riverains gardent pour le fleuve, même assagi par les aménagements modernes qui régularisent aujourd'hui son cours.
Flâner entre les ruelles et l'eau
Le tour de la localité se fait sans hâte. Des maisons de pierre claire se serrent autour de l'église et de placettes où les platanes distribuent l'ombre. Les venelles débouchent presque toutes sur la rive, large ici de plusieurs centaines de mètres, dont la surface lisse porte les reflets des collines d'en face. On s'assoit sur un banc, on suit des yeux une péniche de commerce chargée jusqu'à la ligne de flottaison, on guette le passage des oiseaux d'eau qui remontent le courant en rase-mottes. Le spectacle, dans ce coin du Gard, c'est le Rhône lui-même, et il ne se lasse pas.
Le vin des collines
Derrière les dernières maisons, les pentes appartiennent à la vigne. Saint-Étienne-des-Sorts se situe au cœur du vignoble des Côtes du Rhône gardoises, et plusieurs vignerons ouvrent leurs caveaux pour faire goûter rouges charpentés, blancs de gastronomie et rosés de soif. Les oliviers complètent le tableau : certaines familles pressent encore leur propre huile, que l'on retrouve sur les tables de la région. Les étés sont francs, les hivers balayés par le mistral : ce climat sans compromis donne des vins généreux, à l'image des gens qui les font. Une marche courte entre les rangs de ceps offre, depuis les premières hauteurs, une vue étendue sur la vallée : l'eau en contrebas, le clocher, les toits qui se chevauchent en tuiles rondes, et, au loin, la ligne bleutée des reliefs provençaux. Au retour, une bouteille ou deux trouveront naturellement leur place dans le sac, souvenir liquide d'un terroir sans esbroufe.
Bon à savoir
- Le ponton d'accostage se trouve au pied des maisons : tout se fait à pied, sans aucun transport.
- Commerces limités : boulangerie et caveaux, aux horaires du Midi; prévoir la pause de mi-journée.
- Belle lumière en fin d'après-midi sur la rive opposée, moment idéal pour les photographies.
- Le mistral peut souffler fort sur le quai : un coupe-vent rend la promenade plus agréable.
Quand vient l'heure de remonter à bord, le village retourne à ses affaires : un tracteur entre deux rangs de vigne, un pêcheur qui surveille sa ligne, le courant qui continue son patient travail. Cette étape ne cherche pas à éblouir; elle offre quelque chose de plus durable, la sensation d'avoir partagé un moment la vie tranquille de la vallée. Les grandes cités provençales attendront le prochain coude du Rhône.


