Peu de passagers savent, en descendant à Préveza, qu'ils posent le pied à l'endroit même où s'est joué le sort du monde romain. En 31 avant notre ère, au large de cette pointe qui garde l'entrée du golfe Ambracique, la flotte d'Octave écrasa celle d'Antoine et de Cléopâtre à la bataille d'Actium. Le vainqueur, futur empereur Auguste, fonda sur place une ville pour célébrer son triomphe : Nicopolis, la cité de la victoire, dont les ruines dorment aujourd'hui à quelques kilomètres du quai.

Une escale à quai, au bord des tavernes

Les navires de taille modeste qui font halte ici s'amarrent le long du quai urbain, face aux cafés. Aucune logistique à prévoir : la promenade du bord de mer, les ruelles anciennes et les terrasses se trouvent à quelques dizaines de mètres de la passerelle. Préveza vit tournée vers son plan d'eau, là où les eaux fermées de l'Ambracique rejoignent la mer Ionienne par un goulet si étroit qu'un tunnel sous-marin, le seul de Grèce, le franchit depuis 2002.

Le dédale du vieux quartier

Derrière le front de mer, le quartier ancien aligne ses ruelles pavées où se mêlent héritages vénitien, ottoman et néoclassique : balcons de fer forgé, placettes ombragées, chapelles discrètes, tour de l'horloge d'origine vénitienne. En fin d'après-midi, la population sort pour la volta, la marche tranquille le long de l'eau, et les tavernes allument leurs grils. La spécialité ne fait aucun doute : les crevettes du golfe Ambracique, réputées dans toute la Grèce, servies grillées ou en sauce, accompagnées d'un verre d'ouzo ou de tsipouro que l'on sirote à petites gorgées.

Nicopolis, la ville de la victoire

À sept kilomètres au nord, les vestiges de Nicopolis s'étendent sur un vaste plateau entre deux mers. Murailles romaines et byzantines, théâtre, odéon, thermes et aqueduc émergent des herbes hautes, tandis que le musée archéologique du site rassemble statues, mosaïques et monnaies. Pour peupler sa fondation, Auguste y transplanta les habitants des cités voisines, qui devint la grande métropole de la région durant des siècles. Le lieu impressionne par son ampleur autant que par sa quiétude : on y circule souvent presque seul, entre les pierres d'une capitale voulue par Auguste. En taxi ou en excursion, comptez une demi-journée pour le site et le musée.

Les forteresses du goulet

Préveza a longtemps verrouillé l'entrée du golfe, et ses défenses en témoignent. Le château Saint-André, remanié au XVIIIe siècle à l'époque vénitienne puis sous Ali Pacha, veille près de l'entrée du bassin; le château Saint-Georges garde l'extrémité sud de la localité. Leurs remparts accueillent aujourd'hui promeneurs et manifestations culturelles estivales, avec de belles échappées sur le détroit et les collines de l'Épire.

Une mer intérieure

Passé le goulet s'étend l'Ambracique, véritable mer fermée parsemée de lagunes et de bancs de sable, où les pêcheurs côtoient dauphins et pélicans frisés nichant dans les zones humides protégées. Des sorties en bateau partent du bassin à la belle saison; à défaut, la promenade nord du front de mer offre déjà de larges perspectives sur ce plan d'eau où mouillent les voiliers.

Repères pratiques

LieuDistance du quaiAccès
Vieux quartier et front de merImmédiatÀ pied
Château Saint-AndréEnviron 1 kmÀ pied
Site archéologique de Nicopolis7 kmTaxi ou excursion

Avant d'appareiller

Un dernier café grec au bord de l'eau, pendant que les pêcheurs démêlent leurs filets, résume bien cette étape : Préveza ne cherche pas à éblouir, elle laisse l'histoire et le golfe parler à sa place. Deux mille ans après Actium, on quitte la rade en se disant que certains rivages n'ont jamais cessé d'être stratégiques, ni accueillants.