Sur la carte, Xouaxange n'est qu'un point minuscule au bord du canal de la Marne au Rhin, dans ce coin de Moselle que l'on nomme le pays des étangs. Depuis le pont d'une péniche, c'est autre chose : un clocher entre les arbres, des reflets d'eau partout, des forêts qui ferment l'horizon. Les croisières fluviales qui relient la Lorraine à l'Alsace y font étape, entre Lagarde et Lutzelbourg, dans un paysage où la lenteur devient un art de vivre.
Le nom du village, imprononçable au premier essai, amuse toujours les passagers. Il se dit à peu près « chouachange », et cette sonorité étrange annonce bien le dépaysement discret de la région, à la frontière des influences lorraines et alsaciennes.
Le pays des étangs
La Moselle du sud cache un réseau de plans d'eau nés au Moyen Âge, souvent creusés par des moines pour l'élevage du poisson. Autour de Xouaxange, les étendues calmes alternent avec prés et boisés, attirant hérons, grèbes et libellules. Une promenade sur le chemin de halage, à pied ou à vélo, suffit pour saisir le caractère de ce territoire amphibie, où la brume matinale s'accroche aux roselières avant que le soleil ne la dissipe. Les oiseaux de passage y font halte au fil des saisons, pour le plus grand bonheur des observateurs patients. Les pêcheurs y tiennent leurs quartiers dès l'aube, ligne tendue au-dessus des nénuphars, et les saluts s'échangent d'une rive à l'autre sans qu'on se connaisse. Ce canal du 19e siècle, creusé pour relier la Marne au Rhin, appartient aujourd'hui aux hérons autant qu'aux bateliers.
Sarrebourg et le vitrail de Chagall
À quelques kilomètres de la halte, Sarrebourg conserve un trésor artistique inattendu : dans la chapelle des Cordeliers rayonne « La Paix », un immense vitrail conçu par Marc Chagall. Ses bleus profonds, peuplés de figures flottantes et de bouquets, illuminent l'édifice d'une lumière irréelle. Les excursions proposées lors des escales incluent fréquemment cette visite, qui constitue le grand moment culturel du secteur. On reste volontiers de longues minutes assis face à l'œuvre, à laisser les couleurs faire leur travail. Le musée voisin complète la halte avec ses collections archéologiques et une section consacrée au maître, avant un tour dans les rues commerçantes de cette sous-préfecture mosellane sans prétention.
Le plan incliné de Saint-Louis-Arzviller
Plus loin sur le canal, en direction de l'Alsace, attend l'une des curiosités techniques les plus étonnantes de France : le plan incliné de Saint-Louis-Arzviller. Depuis 1969, cet ascenseur à bateaux hisse les embarcations le long d'une pente de 44,5 mètres de dénivelé en quelques minutes, là où il fallait autrefois franchir une succession de 17 écluses. Voir sa péniche entrer dans un immense bac d'eau qui glisse ensuite à flanc de colline demeure un souvenir de navigation peu banal, que les passagers photographient sous tous les angles. Un site d'accueil aménagé au sommet permet d'ailleurs aux visiteurs venus par la route d'admirer la manœuvre.
Une escale pour respirer
- Marcher ou pédaler sur le halage, entre étangs et forêts.
- Observer la manœuvre des écluses et saluer les plaisanciers qui croisent.
- Rejoindre Sarrebourg en excursion pour le vitrail de Chagall.
- Guetter le passage du plan incliné, point d'orgue de la navigation.
Reprendre le fil de l'eau
Quand la péniche quitte la halte, le village disparaît en quelques coups d'hélice, rendu à sa tranquillité. Le canal poursuit sa route vers les contreforts des Vosges, ourlé de verdure, et chacun retrouve sa place sur le pont, un livre ou un verre à la main. Xouaxange n'aura retenu le voyageur que quelques heures ; le sentiment de paix qu'il laisse, lui, tient compagnie jusqu'au bout du voyage.