Un héron décolle de la berge, survole la rivière et disparaît vers les grands arbres de la forêt d'Halatte. À Pont-Sainte-Maxence, l'Oise coule entre deux mondes : la vallée industrieuse qui a fait vivre des générations de bateliers, et les immenses forêts royales qui ont servi de terrain de chasse aux rois de France. La petite ville s'étire sur les deux rives, autour du pont qui lui donne son nom et d'une histoire étonnamment riche pour sa taille.

Une ville de passage depuis toujours

Le gué, puis le pont, ont fait la fortune du lieu : on franchit l'Oise ici depuis l'Antiquité, sur la route qui relie Paris à la Flandre. Un parcours d'interprétation jalonne aujourd'hui la rive et raconte ce passé de batellerie, de fortifications et de commerce. En flânant du quai vers le centre, on remarque les témoins de chaque époque, des vestiges d'anciennes défenses jusqu'à une élégante façade Art déco. Les berges aménagées invitent à la flânerie, et les pêcheurs du dimanche y tiennent leurs quartiers comme au temps des guinguettes.

L'abbaye royale du Moncel

Le joyau de l'escale se cache à quelques minutes du quai, à Pontpoint. Fondée en 1309 par Philippe le Bel, l'abbaye royale du Moncel a abrité des sœurs clarisses jusqu'à la Révolution. Ses bâtiments gothiques, ses charpentes remarquables, ses caves voûtées et son parc clos de murs de six hectares en bord d'Oise composent l'un des ensembles monastiques les mieux conservés de la région. Les jardins recréés à la manière médiévale, potager et simples en carrés, ajoutent une note vivante à la visite; on comprend vite pourquoi les tournages d'époque affectionnent les lieux. La visite plonge dans la vie quotidienne d'un monastère médiéval avec un charme que les grandes abbayes touristiques ont parfois perdu.

La forêt d'Halatte, cathédrale végétale

Au sud de la ville commence la forêt d'Halatte, massif de chênes et de hêtres qui ondule vers Senlis. Le mont Calipet, tout proche, offre un point de vue sur la vallée et des sentiers accessibles le temps d'une escale. Les marcheurs y trouvent une France forestière et silencieuse; les cyclistes peuvent suivre les itinéraires balisés qui relient la rivière aux lisières.

Senlis la royale, en excursion

À une douzaine de kilomètres, Senlis mérite l'excursion si le temps d'escale le permet : cathédrale gothique à la flèche admirable, ruelles pavées, remparts gallo-romains et hôtels particuliers où flotte encore le souvenir des premiers Capétiens. Le contraste est saisissant entre cette cité de pierre blonde et la vallée ouvrière que l'on vient de quitter.

À table entre Oise et vergers

La région nourrit son monde sans façons : gibier des forêts en saison, fromages picards, tartes rustiques. Sur les marchés, les producteurs des villages voisins vendent miel, fruits et légumes qui finissent le soir même sur les tables des péniches. C'est une cuisine de terroir, franche et généreuse.

La rivière à vélo

L'Oise se prête ici à une formule originale : la cyclo-croisière. On descend la rivière en bateau, on revient par la berge à vélo — ou l'inverse — entre Compiègne et Pont-Sainte-Maxence, en longeant la réserve écologique de Pontpoint et le village de Rhuis. Le chemin, plat et ombragé, révèle des points de vue sur la rivière que la route ignore complètement. Une belle façon de gagner son souper.

Les amarres larguées

Quand les amarres se détachent, la ville retourne à ses habitudes, et le voyageur emporte une impression singulière : celle d'avoir touché, en quelques heures, mille ans d'histoire de France — un pont, une abbaye, une forêt royale. Les grandes escales n'ont pas le monopole des grands souvenirs.