Sur le canal de la Marne au Rhin, entre les premières collines des Vosges et les forêts de Moselle, la péniche ralentit devant un village fleuri dont le nom circule depuis près de trois siècles sur les tables d'Europe : Niderviller. Ici, pas de terminal ni de front de mer ; une halte verdoyante, des maisons lorraines aux toits rouges et une manufacture qui façonne la faïence depuis 1735. L'escale se vit au rythme du canal, lent et paisible, ponctué par le passage des écluses.
Un village né de la terre et du feu
La faïencerie de Niderviller, fondée en 1735 et toujours en activité, a fait sa réputation. Ses décors floraux délicats et ses statuettes en biscuit de porcelaine figuraient jadis dans les grandes demeures européennes. Le magasin de la manufacture permet de repartir avec une pièce marquée du monogramme maison, et l'on aperçoit parfois les artisans au travail. Assiettes au décor floral, services à café, oiseaux de porcelaine : chaque pièce sort encore de moules et de mains d'ici. Pour qui s'intéresse aux arts de la table, cette étape justifie à elle seule la descente de la passerelle.
Le plan incliné de Saint-Louis-Arzviller
À quelques kilomètres à l'est, le canal réserve l'un des ouvrages les plus étonnants de la navigation française : le plan incliné de Saint-Louis-Arzviller. Inauguré en 1969, cet ascenseur à bateaux transversal hisse les embarcations dans un immense bac rempli d'eau le long d'une pente de 44 m de dénivelé, remplaçant d'un seul mouvement les 17 écluses qui exigeaient autrefois une journée entière. Beaucoup de croisières fluviales l'empruntent ou proposent d'aller l'observer ; voir une péniche gravir la colline dans sa baignoire d'acier reste un spectacle dont on parle longtemps.
Sarrebourg et le vitrail de Chagall
La ville voisine de Sarrebourg, à environ 6 km, complète agréablement la journée. Dans la chapelle des Cordeliers, un vitrail monumental de Marc Chagall intitulé La Paix déploie ses bleus profonds sur une douzaine de mètres de hauteur : amoureux, animaux et figures bibliques y flottent dans la lumière. Le musée du Pays de Sarrebourg, tout proche, expose archéologie gallo-romaine et faïences régionales, dont celles de Niderviller justement.
Marcher, pédaler, respirer
Autour de la halte, le chemin de halage se prête à la marche comme au vélo. Les berges alignent roseaux, saules et jardins potagers ; les hérons cendrés décollent à l'approche des promeneurs et les libellules patrouillent au-dessus de l'eau. Le massif forestier qui l'enserre annonce déjà les Vosges : sentiers ombragés, odeur de résine, silence à peine troublé par le clapot d'une écluse qui se remplit. En saison, les vergers de mirabelles rappellent qu'on se trouve en Lorraine ; les boulangeries des environs en garnissent leurs tartes, et il serait dommage de passer à côté.
Repères pratiques pour l'escale
| Lieu | Distance depuis la halte | Intérêt |
| Faïencerie de Niderviller | Sur place, à pied | Manufacture fondée en 1735, boutique |
| Plan incliné d'Arzviller | Quelques kilomètres par le canal ou la route | Ascenseur à bateaux de 1969 |
| Sarrebourg | Environ 6 km | Vitrail La Paix de Chagall, musée |
| Chemin de halage | Au pied de la passerelle | Marche et vélo au fil de l'eau |
Quand la cloche de l'écluse sonne
Le soir venu, les façades lorraines prennent une teinte dorée et les martinets tournoient au-dessus des toits. On remonte à bord avec, peut-être, une tasse de faïence emballée dans du papier de soie et le souvenir d'un vitrail bleu. Cette halte n'a rien de spectaculaire ; elle offre autre chose : la Lorraine des canaux, celle qui travaille la terre avec patience et regarde passer les bateaux depuis trois cents ans. Une après-midi suffit pour comprendre pourquoi tant de voyageurs la citent parmi leurs meilleurs souvenirs de croisière fluviale.