Comme Paris, Melun est née sur une île. Comme Paris, elle eut son château royal, ses ponts disputés et ses moines copistes. L'histoire a ensuite choisi sa grande sœur, mais la préfecture de Seine-et-Marne garde de ses origines un air de Cité en miniature, posée sur la Seine à l'amont des méandres, et les bateaux de croisière qui remontent le fleuve depuis Paris y trouvent une étape pleine de caractère.
L'île Saint-Étienne, cœur ancien
L'escale se fait au port de la Reine Blanche, sur l'île Saint-Étienne, berceau de la ville. Ce vaisseau de terre au milieu du fleuve concentra dix siècles de pouvoir : collégiale Notre-Dame fondée par les premiers Capétiens, prieuré, château royal aujourd'hui disparu où séjournèrent rois et reines de France. La collégiale, entreprise au XIe siècle, veille toujours sur la pointe de l'île, et le musée d'Art et d'Histoire voisin, à deux pas de la médiathèque l'Astrolabe posée au bord de l'eau, déroule le passé melunais, des sarcophages mérovingiens aux paysages peints des bords de Seine ; la ville rappelle aussi qu'elle vit naître Jacques Amyot, l'humaniste qui donna Plutarque à la langue française.
Deux rives à explorer
Des passerelles relient l'île aux deux rives. Côté nord, les rues commerçantes grimpent vers l'église Saint-Aspais, gothique flamboyant reconstruit au XVIe siècle ; côté sud, les quais invitent à la promenade sous les platanes, là où les impressionnistes venaient chercher leurs reflets ; les péniches habitées, géraniums et vélos sur le pont, donnent à la préfecture des airs de port d'attache. Le marché, l'un des plus vivants du département, déborde de produits briards ; on y traque le brie de Melun, l'AOC la plus corsée de la famille, affinée plus longtemps que son cousin de Meaux et défendue ici avec une fierté de clocher.
Vaux-le-Vicomte, le voisin éblouissant
La grande excursion se joue à dix minutes de route : Vaux-le-Vicomte, le château que le surintendant Nicolas Fouquet fit élever par Le Vau, Le Brun et Le Nôtre, et qui inspira Versailles. La fête somptueuse donnée pour Louis XIV en août 1661 précipita la chute de son propriétaire, arrêté trois semaines plus tard ; le domaine, resté intact, se visite des salons dorés aux jardins à la française — l'été, les soirées aux chandelles y rallument deux mille bougies, et certains matins une montgolfière s'élève au-dessus des parterres brodés —, et constitue l'une des plus belles demi-journées que puisse offrir une croisière sur la haute Seine.
La forêt aux portes
Les amateurs de nature prolongeront vers les lisières de la forêt de Fontainebleau, dont les futaies et les chaos de grès commencent à quelques kilomètres en amont ; le château de Fontainebleau lui-même se trouve à une quinzaine de kilomètres. Les berges, elles, offrent une boucle agréable au départ du port, entre île, quais et jardins publics, pour qui préfère rester à hauteur de passerelle.
Pratique à quai
- Amarrage au port de la Reine Blanche, sur l'île Saint-Étienne, centre accessible à pied.
- Collégiale Notre-Dame et musée d'Art et d'Histoire sur l'île même.
- Vaux-le-Vicomte à environ dix minutes de route, excursion phare de l'étape.
- Brie de Melun à goûter au marché ou dans les fromageries du centre.
En laissant filer le courant
Le fleuve emporte le bateau entre les saules, et l'île redevient cette silhouette que les enlumineurs médiévaux auraient reconnue. Melun n'a pas eu le destin de Paris ; elle y a gagné le calme, un fromage de caractère et un voisin nommé Vaux-le-Vicomte. À l'échelle d'une escale, l'échange paraît honnête, et le passager qui remonte à bord emporte un morceau de Brie dans ses bagages et une leçon d'histoire dans la tête.