Voici sans doute l'escale la plus inattendue de la Seine. Point de vieux quartier médiéval ni de halles anciennes : Évry-Courcouronnes est une ville née au XXe siècle, dessinée d'un trait volontaire au sud de Paris. Les bateaux fluviaux qui s'y arrêtent offrent à leurs passagers une expérience rare en croisière : lire une page d'architecture contemporaine française, à une trentaine de kilomètres seulement de la capitale, entre parcs généreux et berges réaménagées.
Une cathédrale unique en son siècle
Le monument phare de la visite justifie à lui seul la halte. La cathédrale de la Résurrection demeure la seule cathédrale élevée en France métropolitaine au XXe siècle. Inaugurée en 1996, œuvre de l'architecte suisse Mario Botta, elle dresse son cylindre de brique rouge de trente-quatre mètres, tranché en biseau et couronné d'une ligne d'arbres qui symbolise la vie. L'intérieur, baigné d'une lumière zénithale, surprend par son dépouillement chaleureux. L'accès est libre en semaine, et des visites guidées se réservent pour approfondir la démarche de l'architecte. Face au parvis, on prend la mesure du geste : rond, franc, sans ornement inutile. Ceux qui connaissent les églises tessinoises de Botta retrouveront sa signature : la brique, la géométrie, la lumière tombée d'en haut.
Un laboratoire d'urbanisme à ciel ouvert
Autour du monument, le centre urbain raconte l'aventure des villes nouvelles françaises. Places suspendues, équipements publics audacieux, œuvres d'art intégrées au bâti : on marche dans un manifeste des années 1970 à 1990, avec ses réussites et ses paris. Des œuvres d'art ponctuent parvis et passages, à débusquer comme autant de clins d'œil laissés par les concepteurs. La Grande Mosquée d'Évry, l'une des plus vastes de France, complète ce paysage spirituel pluriel où cohabitent les architectures sacrées de notre temps. Les amateurs de photographie urbaine y trouvent des cadrages qu'aucune autre halte fluviale ne propose.
Des parcs jusqu'au fleuve
L'autre surprise tient à la place du végétal. Le parc des Coquibus étend ses vingt hectares de pelouses et de bosquets en plein cœur urbain; le parc Henri-Fabre descend jusqu'aux berges de la Seine, tandis que le parc du Lac fait le lien entre les anciens territoires d'Évry et de Courcouronnes autour de son plan d'eau. Les pelouses accueillent joggeurs et familles dès les premiers rayons; on comprend vite que tout, ici, se vit dehors. La promenade des berges relie d'ailleurs les espaces verts entre eux, pratiquement sans quitter l'ombre. Une véloroute longe le fleuve, et la promenade à pied depuis l'embarcadère se fait presque entièrement sous les arbres. La ville nouvelle avait promis de réconcilier béton et nature; ici, le pari semble tenu.
Comprendre la France d'aujourd'hui
Cette halte se savoure autrement que les escales patrimoniales. On y observe une France cosmopolite et jeune, ses marchés animés, ses étudiants, ses familles venues de tous les horizons. Pour le voyageur curieux, c'est un contrepoint précieux aux châteaux et aux abbayes du reste de l'itinéraire : la vallée de la Seine ne conserve pas seulement le passé, elle fabrique aussi le présent. Les étals des marchés, selon les jours, offrent un raccourci savoureux de cette diversité, des épices aux produits des maraîchers d'Île-de-France.
Puis le fleuve reprend ses droits, et la couronne d'arbres voulue par Botta reste longtemps visible au-dessus des toits. Elle résume bien cette étape singulière : une ville qui a choisi de planter de la vie au sommet de sa plus haute ambition. Les escales suivantes replongeront dans l'histoire; celle-ci aura montré ce que la France bâtit quand elle regarde devant. Voilà une étape qui se raconte au futur autant qu'au passé, et la conversation se poursuit longtemps sur le pont supérieur.