Depuis la chaloupe, le regard se fixe d'abord sur une silhouette de pierre rayée de noir et de blanc, posée à l'extrémité d'un éperon rocheux battu par les vagues : l'église San Pietro, sentinelle de Portovenere depuis 1198. Derrière elle, une muraille de maisons-tours aux façades ocre, rose et jaune monte à l'assaut de la colline, couronnée par une forteresse génoise. Inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO en 1997 aux côtés des Cinque Terre, ce village ligure concentre huit siècles d'histoire sur quelques centaines de mètres.
Un débarquement au cœur du village
Aucun quai ne peut accueillir les navires de croisière : ils mouillent au large et les chaloupes déposent les passagers directement dans le petit havre, au pied des façades colorées de la Palazzata. Tout se fait ensuite à pied, sans navette ni taxi. Le front de mer, la rue principale et les sentiers qui grimpent vers le château se parcourent aisément en une demi-journée, à condition d'accepter quelques volées de marches. Prévoyez de bonnes chaussures : dalles polies et escaliers sont ici l'unique voie de circulation, et c'est très bien ainsi.
San Pietro et la grotte de Byron
Commencez par l'extrémité du promontoire. L'église San Pietro, de style gothique génois, repose sur les fondations d'un sanctuaire paléochrétien du Ve siècle; sa loggia ouvre sur les falaises des Cinque Terre d'un côté, sur le golfe de La Spezia de l'autre. Juste en contrebas, une anse rocheuse porte le nom de grotte de Byron : le poète anglais, qui séjournait dans la région en 1822, serait parti de là à la nage pour traverser le golfe et rejoindre son ami Shelley à Lerici. Le lieu, sauvage et sonore, laisse deviner ce qui l'inspirait.
Le carrugio et le château Doria
Revenez ensuite vers la porte médiévale du village et engagez-vous dans la via Capellini, l'étroit carrugio qui file entre les boutiques. Focaccia tiède, pesto préparé au mortier, citrons confits : les devantures composent un condensé de Ligurie. Ces hautes maisons étroites, serrées flanc contre flanc, formaient autrefois une muraille habitée : on perçait peu de fenêtres côté mer, par prudence. Des escaliers s'échappent vers le haut du village jusqu'au sanctuaire San Lorenzo, du XIIe siècle, puis au château Doria, forteresse élevée par Gênes pour verrouiller l'entrée du golfe. De ses terrasses, la vue plonge sur les toits, l'île Palmaria et le va-et-vient des barques. Les remparts redescendent ensuite en murailles crénelées jusqu'au rivage, dessinant le triangle fortifié qui protégeait jadis la flotte génoise.
Palmaria, l'île d'en face
Un bras de mer de quelques centaines de mètres sépare le bourg de l'île Palmaria, la plus grande de l'archipel qui complète le site UNESCO. Des barcaioli proposent la traversée ou le tour de l'île; certains poursuivent, en saison, vers les villages des Cinque Terre. Si le temps de l'escale le permet, ce court passage en mer offre le plus beau point de vue qui soit sur la Palazzata et sa vigie de pierre. Les marcheurs disposant d'une escale longue peuvent aussi faire le tour de Palmaria à pied, une boucle d'environ trois heures entre criques et falaises.
À goûter sur place
- La focaccia ligure, nature ou au fromage, vendue à la coupe dans le carrugio
- Les trofie au pesto, pâtes torsadées typiques de la région
- Les anchois de la mer Ligure, servis marinés ou frits
- Le sciacchetrà, vin doux et rare des vignobles en terrasses voisins
Le dernier regard
Au moment de reprendre la chaloupe, retournez-vous une dernière fois : les maisons-tours serrées les unes contre les autres, la citadelle qui les surplombe, l'église rayée dressée face au large. Portovenere se laisse embrasser d'un seul coup d'œil, et c'est précisément ce qui la rend si difficile à quitter. Byron, lui, avait choisi d'y revenir à la nage.


