Un croissant de façades roses et ocre enserre la darse, dominé par deux forteresses de pierre claire : voilà Portoferraio telle que Napoléon la vit en mai 1814, lorsqu'il débarqua en exil sur l'île d'Elbe. L'empereur déchu n'y régna que trois cents jours, mais la capitale de l'île en garde une mémoire vivante, greffée sur une ville-forteresse fondée en 1548 par Cosme Ier de Médicis. Rares sont les escales où l'on marche aussi facilement dans les pas de l'histoire.
Un débarquement aux portes de la vieille ville
Les navires de taille moyenne accostent au môle en eau profonde, à quelques minutes du centre; les plus gros mouillent dans la rade et déposent leurs passagers en chaloupe à la Darsena Medicea, le bassin historique. Dans les deux cas, cafés, gelaterias et boutiques s'ouvrent dès les premiers mètres, et la porte du quartier ancien se franchit en cinq à dix minutes de marche. Aucun transport n'est nécessaire pour l'essentiel de la journée.
Ruelles, escaliers et volets verts
Passé la Porta a Mare, le centre ancien grimpe en labyrinthe : venelles pavées, escaliers usés par cinq siècles de passage, hautes maisons aux volets verts, linge tendu entre les fenêtres. Les places s'ouvrent au détour des montées, bordées de commerces où l'on trouve aussi bien du vin de l'île que des objets de liège ou des pâtisseries à l'anis. Prenez le temps de vous perdre : la mer réapparaît toujours au bout d'une ruelle. Au fil de la montée, des placettes s'ouvrent sur la rade, parfaites pour une pause à l'ombre d'un parasol ou d'un figuier.
La villa des Moulins, résidence d'un empereur
Tout en haut du bourg, la Villa dei Mulini doit son nom aux moulins à vent que Napoléon fit démolir pour aménager sa résidence d'hiver. Devenue musée, elle conserve mobilier d'époque, bibliothèque et un jardin suspendu face à la mer Tyrrhénienne. On comprend, depuis cette terrasse, que l'empereur ait pu surveiller d'un même regard le continent et sa minuscule flotte. En dix mois de règne miniature, il réorganisa routes, mines et administration, comme pour s'occuper les mains en attendant son retour en France. Sa résidence de campagne, la villa San Martino, se cache quant à elle dans les collines à quelques kilomètres, accessible en taxi.
Les forts des Médicis
Les fortifications voulues par Cosme Ier enveloppent tout le haut de la cité. Le Forte Stella, reconnaissable à son plan en étoile et à son phare, puis le Forte Falcone, point culminant des remparts, se rejoignent par des chemins de ronde ombragés. La montée demande un peu de souffle, largement récompensé : la rade, les toits et les collines couvertes de vignes composent l'un des plus vastes panoramas de l'archipel toscan.
Une baignade avant de rembarquer
Fait rare pour une escale : une plage se trouve à une dizaine de minutes à pied du centre. Le Ghiaie aligne ses galets blancs au pied de la ville, dans une eau limpide classée zone protégée, où les poissons se laissent observer à quelques mètres du bord. Masque et serviette suffisent pour clore la journée en beauté.
Repères pratiques
| Lieu | Distance | Accès |
|---|---|---|
| Vieille ville | 5 à 10 min | À pied depuis le quai ou la darse |
| Villa dei Mulini | 15 à 20 min | À pied, en montée |
| Forts Stella et Falcone | 20 min | Marche en montée |
| Plage Le Ghiaie | 10 min | Marche facile |
| Résidence San Martino | Environ 5 km | Taxi |
Le mot de la fin
En regagnant le navire, jetez un dernier regard vers le Forte Stella et sa lanterne. Napoléon, dit-on, trouvait à cette rade des airs de refuge idéal. Une escale suffit pour saisir ce qu'il voyait : une petite capitale insulaire, fortifiée avec panache, où la grande histoire tient tout entière entre deux môles.


