Ici, la terre et l'eau n'ont jamais vraiment signé de frontière. Port-Saint-Louis-du-Rhône se tient à l'embouchure du grand fleuve, là où le Rhône se dissout dans la Méditerranée entre roselières, salins et étangs. Le vent sent le sel et la vase; des chevaux blancs paissent derrière les digues; un vol de flamants roses raye le ciel. Le navire est amarré à l'une des portes de la Camargue sauvage.
La tour Saint-Louis, vigie du delta
Au bord du chenal se dresse la tour Saint-Louis, massive et carrée, témoin du temps où il fallait surveiller l'embouchure du fleuve. Elle abrite aujourd'hui la plus grande collection ornithologique de Camargue : cent soixante-cinq oiseaux naturalisés, classés par milieux, qui donnent des clés précieuses avant d'aller observer les vrais dans les marais. Les expositions temporaires et l'accueil du bureau touristique, installé au pied de la tour, aident à organiser les quelques heures d'escale selon la saison et les vents. Du sommet, le regard porte sur le port, le Rhône et l'immense horizontal du delta.
La Camargue au ras de l'eau
Autour de la ville commence le royaume des étangs : flamants, hérons, avocettes, taureaux noirs et chevaux camarguais se partagent un labyrinthe d'eau douce et d'eau salée. Excursions en véhicule tout-terrain, sorties à vélo sur les digues ou balades accompagnées permettent d'approcher cette nature réglée par le sel et le vent. Au printemps et à l'automne, les migrations transforment le delta en carrefour d'ailes.
Plages sans fin
Au sud de la commune s'étirent des plages parmi les plus vastes et les plus sauvages de la côte méditerranéenne française, immenses langues de sable adossées aux dunes, fréquentées par les kitesurfeurs et les pêcheurs de telline. Aucun front de mer bétonné : seulement l'espace, rare luxe du littoral provençal. La plage Napoléon, la plus connue, s'étire sur plusieurs kilomètres jusqu'à l'embouchure du grand Rhône; on y marche longtemps sans croiser personne, entre les coquillages et les bois flottés déposés par le fleuve.
Arles, l'excursion romaine et van goghienne
À moins d'une heure de route en remontant le fleuve, Arles réunit un amphithéâtre romain toujours vivant, le théâtre antique, les cloîtres de Saint-Trophime et les paysages qui ont enflammé Van Gogh durant son séjour provençal. L'excursion se combine bien avec la traversée des marais, pour un condensé de Provence entre nature et pierres antiques.
Le goût du sel et du taureau
La table locale ne triche pas : gardianne de taureau servie avec le riz cultivé sur place, tellines à l'ail, poissons de l'étang, fleur de sel récoltée à quelques kilomètres. Les halles et les restaurants du port travaillent ces produits nés du delta lui-même. Un verre de rosé des sables au coucher du soleil, face au chenal, conclut la journée comme il se doit.
De l'autre côté du fleuve
Un bac traverse le Rhône vers Salin-de-Giraud, village ouvrier bâti pour les salines voisines, dont les tables d'évaporation prennent en été des teintes rosées spectaculaires. Ce coin du bout du monde, entre montagnes de sel et cabanes de gardians, complète le portrait d'une Camargue qui travaille depuis toujours avec la nature plutôt que contre elle.
L'horizon pour mémoire
En larguant les amarres, le navire longe une dernière fois les digues où veillent les aigrettes. De cette escale sans monuments spectaculaires, le voyageur garde autre chose : une ligne d'horizon parfaitement plate, des ciels immenses, le rose improbable d'un vol de flamants. La Camargue ne se visite pas vraiment — elle s'éprouve, et elle reste.


