Longtemps, tout ce qui comptait à Campeche arrivait par la mer : le bois de teinture, l'argent des galions et les pirates venus s'en emparer. Pillée à répétition au XVIIe siècle, la cité s'est enfermée derrière une couronne de fortifications dont subsistent aujourd'hui des pans entiers. Ce décor préservé — bastions, portes monumentales et rues aux teintes pastel — a valu au centre historique de San Francisco de Campeche son inscription au patrimoine mondial de l'UNESCO en 1999. Rares sont les escales mexicaines qui plongent aussi directement dans le Grand Siècle espagnol.

Une arrivée par Seybaplaya

Les eaux du golfe sont ici si peu profondes que seules les unités de taille modeste s'aventurent jusqu'à Seybaplaya, le port qui dessert la région, à une trentaine de kilomètres au sud de la vieille ville. Comptez environ trente minutes de route le long d'une côte basse ponctuée de barques de pêche. La plupart des compagnies organisent la navette ou l'excursion : c'est la formule la plus simple pour rejoindre les remparts.

Marcher sur les bastions

Huit baluartes, ces bastions trapus reliés jadis par la muraille, encerclent encore le cœur colonial. Celui de la Soledad abrite un musée consacré à l'architecture maya; celui de Santiago cache un jardin botanique où fromagers et plantes médicinales poussent entre les pierres de défense. Entre la Puerta de Mar, ouverte vers les quais, et la Puerta de Tierra, tournée vers l'intérieur, on suit le tracé des anciennes défenses en imaginant les vigies guettant les voiles ennemies.

Les rues pastel

Passé les portes, la ville déploie un damier de façades ocre, bleu poudre, vert amande et rose, restaurées avec un soin rare au Mexique. La calle 59, piétonne, aligne demeures à grilles ouvragées et tables dressées dehors à la fraîche. Sur la place principale, la cathédrale de la Purísima Concepción élève ses deux tours au-dessus des arcades et du kiosque où les familles se retrouvent le soir. Le rythme campechano se lit dans les détails : hamacs entrevus par les portes ouvertes, tricycles de livreurs, vendeurs d'eau de fruits sous les porches.

San Miguel et les masques de jade

Sur une hauteur au sud, le fort de San Miguel, complet avec fossé et pont-levis, veille sur le golfe depuis le XVIIIe siècle. Ses salles présentent l'archéologie de l'État, dont les célèbres masques funéraires de jade exhumés à Calakmul, au cœur de la réserve de biosphère voisine. La vue embrasse toute la côte : on comprend d'un coup d'œil pourquoi les canons pointaient vers l'horizon.

Le malecón au couchant

Face au golfe du Mexique, la promenade du malecón file sur plusieurs kilomètres, fréquentée par les coureurs, les cyclistes et les pêcheurs à la ligne. Si l'horaire de l'escale le permet, le coucher de soleil y embrase l'eau — un spectacle que les Campechanos ne se lassent pas de photographier depuis leur propre trottoir.

Edzná, la cité aux cinq niveaux

À une cinquantaine de kilomètres vers l'intérieur, Edzná récompense ceux qui sacrifient la flânerie urbaine : son Édifice des Cinq Niveaux, pyramide-palais unique en son genre, domine une vaste esplanade cérémonielle drainée par d'anciens canaux mayas. Le site, peu visité, se parcourt dans un calme rare pour une cité de cette importance. Une demi-journée suffit, transport compris, et l'on croise parfois plus d'iguanes que de visiteurs sur la grande place.

Repères pratiques

  • Accostage à Seybaplaya, à environ 30 km du centre; prévoir la navette ou l'excursion du navire.
  • Monnaie : le peso mexicain; les cartes passent bien dans le centre, moins dans les marchés.
  • Chaleur forte en mi-journée : parcourir les remparts tôt et garder les musées pour les heures chaudes.
  • Edzná et la vieille ville se combinent difficilement dans une même escale : mieux vaut choisir.