La lumière arrive avant tout le reste. Elle rebondit sur la chaux des maisons, glisse sur l'eau de la baie et découpe chaque contour avec une netteté qui n'appartient qu'aux Cyclades. Quand le navire jette l'ancre devant Naoussa, sur la côte nord de Paros, le décor semble avoir été lavé à grande eau pendant la nuit : blanc des murs, bleu des volets, ocre des collines. Il ne reste qu'à descendre dans l'annexe.

Un village de pêcheurs devenu légende

Naoussa s'est construite autour de son petit port, et c'est là que tout commence. Les barques colorées se serrent le long des quais, les filets sèchent au soleil et, à l'entrée de la passe, les vestiges d'un fortin vénitien à demi immergé rappellent l'époque où la Sérénissime surveillait la mer Égée. Les tavernes ont installé leurs tables à quelques centimètres de l'eau ; il arrive qu'un poulpe, suspendu à une corde, sèche tranquillement devant la cuisine.

Se perdre dans les ruelles

Derrière le front de mer, le village se resserre en un labyrinthe de venelles blanchies, trop étroites pour les voitures. Les bougainvilliers débordent des cours, les escaliers extérieurs portent des pots de basilic, et chaque détour compose un nouveau tableau. Laissez la carte de côté : Naoussa se parcourt au hasard, et le hasard y fait bien les choses. Les boutiques y vendent des céramiques, du miel de thym et des sandales de cuir cousues sur place.

Les plages de la baie

La mer n'est jamais loin. La petite plage de Piperi borde le village, à trois minutes du quai. Pour un cadre plus singulier, des navettes maritimes traversent la baie vers Kolymbithres, où des blocs de granit poli par le vent forment des criques sculptées aux allures lunaires, et vers Monastiri, une anse abritée adossée à une presqu'île. L'eau y est claire, peu profonde, idéale pour une baignade entre deux explorations. Les navettes partent du quai principal à intervalles réguliers en saison ; le trajet, une dizaine de minutes à peine, compose déjà une jolie sortie en mer.

Parikia et l'église aux cent portes

Si l'escale le permet, un trajet d'une vingtaine de minutes en taxi ou en autobus mène à Parikia, la capitale de l'île. On y trouve la Panagia Ekatontapiliani, l'« église aux cent portes », l'un des sanctuaires chrétiens les plus anciens de Grèce, dont les fondations remontent au IVe siècle. Ses cours ombragées et ses chapelles basses offrent une fraîcheur bienvenue au milieu de la journée.

Le marbre qui a fait l'histoire

Paros doit sa renommée antique à son marbre, d'une translucidité recherchée par les sculpteurs de toute la Méditerranée. La Vénus de Milo elle-même fut taillée dans la pierre de l'île. Dans les terres, le village de Lefkes, ancienne capitale bâtie à flanc de montagne, aligne ses maisons de pierre claire le long de calades où résonne encore le pas des ânes. L'excursion vaut le détour pour qui préfère les hauteurs à la plage.

La table, face à la mer

Avant de regagner le navire, accordez-vous une halte dans une taverne du port. Poisson grillé, salade de tomates au fromage local, verre de vin blanc de l'île : le repas le plus simple prend ici une dimension particulière, les pieds presque dans l'eau, les barques en premier plan. Les becs sucrés termineront avec des loukoumades chauds, arrosés de miel de l'île.

Repartir avec la lumière

L'annexe repart vers le navire en fin d'après-midi, quand le soleil descend sur la baie et que les murs blancs virent au doré. Naoussa retourne alors à ses pêcheurs et à ses chats. Le voyageur, lui, emporte quelque chose de difficile à nommer : une certaine idée de la simplicité, éclairée comme nulle part ailleurs.