Palerme s'entend avant de se voir : klaxons, marchands qui crient leurs prix, vespas qui se faufilent. Puis la ville se donne, exubérante et dorée, adossée au mont Pellegrino. Les navires accostent à la Stazione Marittima, en bordure immédiate du centre — quelques minutes de marche suffisent pour plonger dans les artères de la capitale sicilienne. Ancienne cour des rois normands, carrefour arabe, byzantin et espagnol, Palerme superpose les civilisations comme d'autres empilent les assiettes ; une journée y prend des allures de traversée des siècles.
S'orienter depuis le port
Depuis le terminal, la via Emerico Amari mène en une quinzaine de minutes au Teatro Politeama, pivot de la partie moderne de la capitale sicilienne. De là, la via Ruggero Settimo puis la via Maqueda descendent vers le centre historique. Compter 25 à 30 minutes de marche du quai à la cathédrale, ou quelques euros de taxi ; l'essentiel des monuments tient ensuite dans un périmètre d'un kilomètre.
Les Quattro Canti et la vieille ville
Au croisement des deux axes historiques, les Quattro Canti composent un carrefour baroque théâtral : quatre façades concaves ornées de fontaines et de statues, qui marquent le point zéro de la cité historique. Tout près, la Piazza Pretoria expose sans complexe sa fontaine du XVIe siècle peuplée de divinités nues, jadis surnommée « fontaine de la honte ». Les églises de la Martorana, aux mosaïques byzantines, et de San Cataldo, coiffée de coupoles rouges héritées des bâtisseurs arabes, complètent ce concentré d'histoire à quelques dizaines de mètres l'une de l'autre.
La chapelle Palatine, l'or des rois normands
Au bout du Cassaro, la plus ancienne artère de la cité, le palais des Normands abrite le sommet de l'escale : la chapelle Palatine, consacrée au XIIe siècle sous Roger II. Ses mosaïques d'or couvrent voûtes et coupole, tandis qu'un plafond de bois à muqarnas, œuvre d'artisans arabes, achève ce chef-d'œuvre où trois cultures ont travaillé ensemble. Sur le chemin, la cathédrale métropolitaine aligne ses styles accumulés — abside normande, portail gothique catalan, dôme du XVIIIe siècle — et conserve les tombeaux des rois, dont celui de Frédéric II.
Les marchés, ventre de la ville
Palerme se comprend dans ses marchés historiques, hérités des souks. Ballarò, le plus ancien, et le Capo déroulent leurs étals de poissons, d'agrumes, d'épices et de légumes sous des bâches colorées, dans un vacarme joyeux. C'est le royaume du cibo di strada : panelle (galettes de pois chiches), arancine dorées, sfincione moelleux et, pour les intrépides, le pani ca meusa à la rate. Un cannolo à la ricotte fraîche en guise de dessert ambulant, et le déjeuner est réglé pour quelques euros.
Théâtres et détours
Sur la via Maqueda, le Teatro Massimo, plus grand opéra d'Italie, ouvre ses colonnades néoclassiques aux visites guidées ; ses marches ont servi de décor à la scène finale du Parrain III. Plus bas vers la mer, le quartier de la Kalsa aligne palais patinés et églises arabo-normandes ; le Palazzo Abatellis y abrite la galerie régionale de Sicile et son fameux Triomphe de la Mort, fresque médiévale qui fascina les peintres modernes. Avec plus de temps ou en excursion organisée, la cathédrale de Monreale, à 8 km sur les hauteurs, déploie l'un des plus vastes ensembles de mosaïques byzantines au monde — beaucoup de compagnies la proposent en demi-journée, souvent combinée au centre historique.
Au retour vers le navire, les façades patinées défilent une dernière fois, entre linge aux fenêtres et coupoles vernissées. Palerme ne se laisse pas résumer ; elle se goûte, se traverse et s'écoute. Ceux qui la quittent un peu étourdis ont tout compris : la ville fait cet effet-là depuis mille ans.


