Des flamants roses picorent dans les étangs, un clocher émerge des toits bas, et le canal trace sa ligne droite vers les salines. L'arrivée à Palavas-les-Flots par le canal du Rhône à Sète annonce la couleur : ici, l'eau est partout. Les péniches-hôtels s'amarrent à la base fluviale Paul-Riquet, seule halte entièrement équipée entre Aigues-Mortes et Frontignan, à cinq minutes à pied du centre. Ce village de pêcheurs devenu station balnéaire des Montpelliérains cultive un art de vivre fait de joutes languedociennes, de tellines et de promenades entre mer et lagunes.
Un village coupé en deux par son fleuve
Palavas s'est construit à l'embouchure du Lez, petit fleuve côtier qui partage la ville en deux rives reliées par des passerelles. De part et d'autre, les quais alignent barques de pêche, filets mis à sécher et restaurants où l'on sert la seiche à la rouille, plat emblème du pays. Les pêcheurs partent encore chaque matin relever leurs filets en mer et dans les étangs ; leur retour, en fin de matinée, anime le chenal. Sur les étals, les tellines — petits coquillages ramassés dans le sable — se vendent au poids ; sautées à l'ail et au persil, elles composent l'entrée classique des tables locales.
Le phare de la Méditerranée
Impossible de le manquer : l'ancien château d'eau de la ville, reconverti en « Phare de la Méditerranée », dresse sa silhouette circulaire à 45 m au-dessus des toits. Sa plateforme panoramique offre une vue circulaire sur le golfe du Lion, les lagunes et, par temps clair, jusqu'au pic Saint-Loup et aux Cévennes. C'est le meilleur point d'observation pour comprendre la géographie singulière du lieu : un cordon de sable entre mer et lagunes, piqué de villages et de vols de flamants.
Dubout, le dessinateur du petit train
Palavas doit une partie de sa légende au dessinateur Albert Dubout, qui croqua avec tendresse le petit train reliant jadis Montpellier à la plage, ses wagons bondés et ses baigneurs en maillot rayé. Un musée lui est consacré dans la redoute de Ballestras, ancienne tour militaire du XVIIIe siècle posée sur l'étang du Levant, accessible par une passerelle ou en petit train touristique. Ses dessins pleins d'humour restituent l'âge d'or des bains de mer populaires.
Plages et joutes
De chaque côté de l'embouchure, des kilomètres de sable fin descendent en pente douce vers une mer chaude en saison — parmi les plages les plus fréquentées du littoral montpelliérain, surveillées l'été et bordées de « paillotes ». L'été toujours, les joutes languedociennes enflamment le canal : deux barques propulsées par des rameurs se croisent, et les jouteurs, perchés sur leur tintaine, tentent de se faire tomber à l'eau sous les encouragements de la foule. La tradition se transmet ici de génération en génération, et les sociétés de joutes locales comptent parmi les plus anciennes du littoral. Si un tournoi a lieu le jour de l'escale, il ne faut pas le manquer.
Entre étangs et Camargue gardoise
Autour du village, les étangs palavasiens forment un chapelet de lagunes protégées où nichent flamants, avocettes et sternes. Le chemin de halage et les pistes cyclables permettent d'explorer ce monde amphibie à pied ou à vélo ; la cathédrale de Maguelone, isolée sur sa presqu'île entre mer et étang à quelques kilomètres à l'ouest, fait une excursion mémorable au milieu des vignes.
Le soir, quand le soleil descend sur les salines et que les terrasses du quai s'allument, Palavas retrouve son air de fête simple, entre pastis, coquillages et accent chantant. On repart avec du sel sur la peau et l'idée, tenace, que le bonheur méditerranéen tient parfois à un cordon de sable entre deux eaux.


