Une porte d'écluse se referme, l'eau monte doucement, et le temps semble s'étirer. À Ouges, sur le canal de Bourgogne, l'escale ressemble à une parenthèse : un village de plaine à 7 ou 8 km au sud de Dijon, des champs de céréales à perte de vue, trois lavoirs, une église élevée par les moines de Cîteaux et deux écluses qui portent son nom. Les péniches de croisière y font halte entre Dijon et la Saône, et les passagers y rencontrent une campagne céréalière que les cartes des vignobles oublient souvent.
Un village façonné par les moines
L'histoire d'Ouges tient en quelques lignes qui remontent loin : le domaine, appelé jadis Olgea, appartint à un vicomte de Dijon avant d'être cédé aux moines de l'abbaye de Cîteaux, seigneurs des lieux jusqu'à la Révolution. De cette longue tutelle monastique subsiste l'église du village, dont le chœur, surmonté d'un clocher imposant, aurait été bâti au XIIIe siècle par les religieux. L'édifice se dresse au centre du bourg, entouré de fermes bourguignonnes aux grands porches charretiers.
La tournée des lavoirs
Ouges conserve trois lavoirs, chacun d'un style différent, qui composent une jolie promenade dans les rues du village. Celui de la rue de la Fontaine, construit en 1850 et restauré, se reconnaît à sa toiture d'ardoise portée par deux colonnes. Sur la place centrale, le lavoir de pierre de 1843 aligne cinq grandes arcades classiques. Le troisième, tout en bois et d'une simplicité paysanne, se cache au hameau de Petit-Ouges, près de la voie d'eau. Ces bassins où les lavandières battaient le linge racontent, mieux qu'un musée, la vie quotidienne d'autrefois.
Les écluses 61 et 62, mémoire du canal
Le canal de Bourgogne, long de 242 km entre l'Yonne et la Saône, franchit la commune par deux écluses dites de Grand-Ouges et de Petit-Ouges. La seconde réserve une curiosité : dans la cave voûtée de la maison éclusière s'est installé un petit musée consacré au canal, à ses ouvriers et à la batellerie d'antan. On y mesure ce que représentait, au XIXe siècle, cette autoroute d'eau qui transportait bois, pierre et vin vers Paris. Aujourd'hui, les plaisanciers ont remplacé les mariniers, et les éclusiers actionnent encore les portes sous les yeux des promeneurs. Les maisons éclusières, avec leurs potagers et leurs volets peints, ponctuent le parcours comme autant de petites gares d'eau douce.
Le halage, à pied ou à vélo
Depuis la halte, le chemin de halage file droit entre deux rangées d'arbres, fréquenté par les cyclistes, les pêcheurs et les couples de colverts. La plaine dijonnaise déroule ses cultures, ponctuée de clochers ; au loin, par temps clair, se devine la côte viticole. Une heure de marche dans un sens ou dans l'autre suffit à comprendre le charme des canaux bourguignons : une géométrie d'eau calme posée sur la campagne. On y croise davantage de vélos que de voitures, et les conversations s'engagent facilement d'une rive à l'autre.
La capitale des ducs à portée de main
Plusieurs itinéraires de croisière combinent la halte d'Ouges avec la découverte de Dijon, toute proche. L'ancienne capitale des ducs de Bourgogne mérite chaque minute : palais des ducs, halles de type Baltard, chouette de la rue de la Chouette à caresser de la main gauche pour faire un vœu, et moutarderies où composer ses pots. Selon les programmes, l'excursion se fait en autocar ou à vélo par le chemin de halage.
Le soir, quand les grenouilles entament leur concert et que la ligne des peupliers s'assombrit, Ouges retourne à son silence. On aura marché entre trois lavoirs, une église cistercienne et deux écluses ; peu de monuments, beaucoup de douceur. La Bourgogne des mariniers tient tout entière dans cette soirée-là.


