Une odeur de soufre flotte parfois jusqu'au pont du navire lorsque l'ancre descend devant Mandraki. Nisyros, dans le Dodécanèse, est une île née d'un volcan toujours actif, même s'il ne s'agit pas d'éruptions : ici, la terre fume, gronde doucement et colore les paysages d'ocre et de blanc. En face, l'îlot de Gyali, où l'on extrait la pierre ponce, blanchit l'horizon comme une dune posée sur l'eau. Les navires mouillent au large et les canots déposent les passagers au petit port de Mandraki, chef-lieu de l'île, où les maisons cubiques aux volets bleus et les ruelles pavées de galets donnent le ton d'une journée qui sortira de l'ordinaire.

Mandraki, un village bâti sur la lave

Les premières minutes se passent à flâner dans le dédale du village. Les habitations, construites en pierre volcanique et isolées à la pierre ponce, s'alignent le long de venelles trop étroites pour les voitures. Les balcons de bois débordent de bougainvilliers, les chats somnolent sur les marches et les cafés de la place principale servent le soumada, une boisson locale à l'amande qu'on ne trouve à peu près nulle part ailleurs.

Panagia Spiliani, le monastère dans la grotte

Au sommet du rocher qui domine le port, le monastère de Panagia Spiliani occupe une cavité naturelle transformée en sanctuaire. On y accède par un escalier d'environ 270 marches ; l'effort se récompense par une vue plongeante sur les toits plats de Mandraki et sur la mer Égée. Juste au-dessous, les vestiges du Paléokastro, une acropole antique aux murs cyclopéens de basalte noir, rappellent que l'île était déjà habitée il y a plus de deux mille ans.

Descendre dans le cratère Stefanos

Le moment fort de l'escale se trouve au centre de l'île, à une vingtaine de minutes de route du port. Des navettes et des excursions organisées conduisent les passagers au bord de la caldeira, large de 3 à 4 km, où s'ouvre le cratère Stefanos : un cirque lunaire d'environ 300 m de diamètre dans lequel un sentier permet de descendre. Au fond, les fumerolles sifflent, la boue bouillonne par endroits et le sol chaud dégage cette odeur d'œuf caractéristique du soufre. Marcher dans un cratère actif, entouré de parois jaunes et blanches, procure une sensation que peu d'escales méditerranéennes peuvent offrir. De bonnes chaussures et de l'eau s'imposent ; l'ombre n'existe pas.

Nikia et Emporios, les balcons de la caldeira

Sur la crête qui entoure le volcan, deux villages minuscules se disputent les plus beaux points de vue. Nikia, avec sa place ovale pavée de mosaïques de galets et son petit musée de volcanologie, surplombe le cratère côté sud. Emporios, longtemps abandonné, renaît doucement ; un sentier y mène à une grotte naturellement chauffée par la vapeur, sauna gratuit offert par la géologie. Certaines excursions combinent le volcan et l'un de ces villages.

Un plongeon avant de rembarquer

De retour vers la côte, le temps restant se prête à la baignade. La plage de Chochlakia, derrière le monastère, aligne ses galets noirs polis par les vagues ; celles de Lies et de Pachia Ammos, plus loin sur la côte nord, offrent sable sombre et eaux limpides. Le hameau côtier de Paloi, ancien refuge de pêcheurs, aligne quelques tavernes où le poulpe sèche au soleil devant les barques. À 1,5 km à l'est du port, les thermes de Loutra utilisent depuis le XIXe siècle des sources chaudes qui jaillissent naturellement autour de 37 degrés.

En reprenant le canot, on regarde une dernière fois ce rocher fumant posé sur la mer. Nisyros ne ressemble à aucune autre île grecque : ni ruines célèbres ni vie nocturne, mais une rencontre directe avec les forces qui ont façonné la Méditerranée. Longtemps après, il suffit d'une odeur de soufre ou d'un mur de basalte pour y repenser.