Aucun paquebot n'accostera jamais ici : Milan règne sur sa plaine, loin de toute mer. La capitale lombarde s'est pourtant taillé une place de choix dans les carnets de croisière, en prologue ou en épilogue d'un embarquement à Gênes, à Venise ou à Trieste. Deux ou trois jours milanais transforment une correspondance aérienne en chapitre de voyage à part entière.
La ville aux portes des ports
Les trains relient Milan à Gênes en environ une heure et demie, à Venise en deux heures et demie : les deux grands bassins d'embarquement de l'Adriatique et de la mer Ligure se trouvent ainsi à portée directe de la métropole et de ses aéroports intercontinentaux. Beaucoup de croisiéristes québécois atterrissent ici, posent leurs valises et s'offrent la ville avant de descendre vers leur navire, formule qui évite le stress du vol de dernière minute.
Le Duomo et son toit de pierre
Tout commence sur la piazza du Duomo, où la cathédrale hérisse ses flèches de marbre rose et blanc : près de six siècles de chantier pour la plus vaste église gothique d'Italie. La visite culmine, au sens propre, sur les terrasses du toit, où l'on marche entre pinacles et statues, sous la Madonnina dorée qui veille sur la cité depuis 1774, avec la ville aux pieds et, par temps clair, les Alpes en toile de fond. Au sortir du parvis, la galerie Vittorio Emanuele II déploie sa croisée de verre et de mosaïques, salon urbain où l'aperitivo se prend sous les verrières depuis 1867 ; la tradition veut que l'on tourne trois fois le talon sur le taureau de la mosaïque, gage de retour porte-bonheur.
Une Cène et un château
À quelques stations de tramway, le réfectoire de Santa Maria delle Grazie conserve la Cène de Léonard de Vinci : l'accès, strictement contingenté, se réserve des semaines à l'avance, réflexe à prendre dès que la croisière se confirme. Le château des Sforza, forteresse de brique des ducs de Milan, rassemble quant à lui plusieurs musées, dont la Pietà Rondanini, ultime sculpture de Michel-Ange, laissée inachevée à sa mort et bouleversante de fragilité. Le parc Sempione prolonge la visite sous les ombrages, et la bibliothèque Ambrosienne conserve, pour les fidèles de Léonard, les feuillets du Codex Atlanticus.
Navigli, Brera et la Scala
Le soir venu, deux quartiers se disputent les flâneurs : Brera, ses ruelles d'ateliers et sa pinacothèque, à deux pas du quadrilatère de la mode et de ses vitrines, et les Navigli, ces canaux hérités du Moyen Âge sur lesquels Léonard travailla en ingénieur, aujourd'hui bordés de terrasses, avec marché aux antiquités le dernier dimanche du mois. Les mélomanes tenteront leur chance à la Scala, la salle lyrique la plus célèbre du monde, dont le musée se visite même sans billet de spectacle. Côté table, risotto au safran et cotoletta défendent la tradition lombarde, et le panettone, né ici, se déniche toute l'année dans les pâtisseries historiques.
Repères pour l'étape milanaise
- Trains directs vers Gênes (environ 1 h 30) et Venise (environ 2 h 30) depuis Milano Centrale.
- Terrasses du Duomo à réserver en ligne pour éviter l'attente.
- Cène de Léonard : réservation obligatoire, plusieurs semaines à l'avance.
- Aperitivo en fin de journée, l'institution locale par excellence.
Avant de descendre vers la mer
Le dernier soir, sous les verrières de la galerie, on comprend ce que cette étape ajoute à la croisière : l'Italie du travail et de l'élégance, celle qui dessine, coud et chante, en contrepoint des rivages qui attendent. Le train du matin glissera vers le port entre rizières et collines, et le navire semblera presque une suite logique : à Milan aussi, tout est affaire de mise en scène.


