La mer arrive la première aux remparts. Vue du pont d'un navire, la forteresse de Methoni semble flotter : des murailles ocre posées au ras de l'eau, un îlot fortifié en sentinelle, et derrière, les collines du Péloponnèse. Les navires mouillent dans la baie et débarquent leurs passagers en chaloupe, exactement comme les galères vénitiennes déposaient jadis les pèlerins en route vers la Terre sainte.

Une clé de la Sérénissime

Venise prit pied ici au début du XIIIe siècle et fit de Methoni, avec sa jumelle Koroni, l'un des « yeux de la République » : une escale obligée sur la route du Levant, où les navires marchands relâchaient, se ravitaillaient et prenaient les nouvelles. La forteresse qui en résulta compte parmi les plus vastes de Méditerranée : un promontoire entier ceint de murailles, où tenait autrefois une ville complète avec ses rues, ses églises et ses citernes.

Franchir le pont de pierre

On y accède par un pont de pierre à quatorze arches lancé au-dessus du fossé par le génie français lors de l'expédition de Morée, en 1828, à la place du pont-levis d'origine. Passé la porte monumentale, le plateau s'ouvre, immense et silencieux : vestiges de bains turcs, église byzantine, colonne de granit solitaire dressée face au large, pans de murs où affleurent les blasons de Venise. On erre librement entre les pierres et les herbes sèches, deux bonnes heures si l'on veut tout arpenter, le vent pour seul guide, jusqu'à la porte de la mer qui s'ouvre au sud sur l'éblouissement du large.

Le Bourtzi, sentinelle des flots

Une chaussée dallée mène alors à l'image la plus célèbre du site : le Bourtzi, tour octogonale élevée après 1500 sur son îlot, tour à tour fort, prison et phare. Sa silhouette entre ciel et eau résume des siècles de vigilance ; on s'y attarde pour le panorama sur les remparts, la baie et l'île de Sapientza, coiffée de son phare du XIXe siècle, qui ferme l'horizon. Les photographes y guettent la lumière du matin, quand la pierre prend des teintes de miel.

Le village et la plage

Au sortir des remparts, le bourg moderne aligne ses tavernes ombragées, ses ruelles fleuries et quelques maisons néoclassiques aux balcons de fer forgé ; une longue plage de sable borde le pied des murailles, et la baignade face aux vieilles pierres compte parmi les plaisirs simples de l'escale. Les tables du front de mer servent poissons grillés, huile d'olive de Messénie et tomates du jardin, et le soir d'escale s'achève volontiers autour d'un ouzo face aux lumières de l'îlot ; l'arrière-pays, tout proche, produit certains des meilleurs crus d'huile du pays. À une douzaine de kilomètres, Pylos veille sur la rade de Navarin, où la bataille navale de 1827 scella l'indépendance grecque ; l'excursion complète idéalement la journée des passionnés d'histoire.

À savoir avant la chaloupe

  • Mouillage en baie, débarquement en chaloupe à proximité immédiate du village et de la forteresse.
  • Visite libre du site fortifié, chaussures fermées et eau recommandées, ombre rare.
  • Bourtzi accessible par la chaussée au bout de la porte de la mer.
  • Plage et tavernes au pied des murailles pour compléter la demi-journée.

Ce que le vent raconte

En regagnant le bord, les remparts s'aplatissent peu à peu sur l'eau et le Bourtzi redevient une miniature. Il ne s'est rien passé, et c'est précisément le luxe de cette escale : pas de file d'attente, pas de son et lumière, seulement une forteresse démesurée rendue au vent et aux herbes, et la sensation d'avoir eu, quelques heures durant, un morceau d'histoire vénitienne pour soi seul.