En 1773, un négociant anglais nommé John Woodhouse fit charger à bord de son navire quelques fûts d'un vin local fortifié à l'eau-de-vie, pour qu'il supporte le voyage jusqu'à Liverpool. L'Angleterre s'enticha du breuvage, et le nom de cette cité de l'extrême ouest sicilien fit le tour du monde : Marsala. L'escale raconte cette histoire de vignes, de sel et de navigateurs.
Accoster aux portes du centre
Seules des unités de taille modeste s'amarrent ici, dans le bassin qui jouxte la vieille ville ; du môle, quelques minutes de marche mènent aux premières rues du centre baroque, où la piazza della Repubblica réunit le palais sénatorial à loggia et l'église mère, dédiée — souvenir des liens normands avec l'Angleterre — à Thomas Becket de Canterbury. C'est aussi de ce rivage que Giuseppe Garibaldi débarqua le 11 mai 1860 avec ses mille chemises rouges, premier acte de l'unification italienne : la porte qui porte son nom garde l'entrée sud de la cité et rappelle l'événement aux passants.
Un navire punique dans un musée
Sur le front de mer, le musée archéologique régional installé dans un ancien chai, le Baglio Anselmi, conserve une pièce unique : l'épave d'un navire de guerre carthaginois coulé lors de la première guerre punique, retrouvée au large dans les années 1970. Les membrures de bois, étonnamment préservées, racontent les batailles navales qui se jouèrent dans ces eaux il y a plus de deux mille ans. Autour, amphores et objets repêchés complètent le tableau d'une mer stratégique entre l'Afrique et la Sicile, et le parc archéologique de Lilybée étend ses fouilles à ciel ouvert sur les vestiges de la cité antique.
Le vin qui porte le nom de la ville
Les grandes maisons alignent leurs chais le long du littoral, et plusieurs se visitent : caves voûtées où dorment les fûts, dégustations commentées qui font découvrir la palette du marsala, du sec servi frais à l'ambré de longue garde. Les cantines historiques, dont certaines fondées au XIXe siècle par les grandes familles du négoce, perpétuent des gestes que les Anglais de l'époque de Woodhouse reconnaîtraient encore. En ville, les bars à vin de la vieille ville offrent une initiation plus rapide, un verre à la main sur une placette baroque.
Les salines et l'île des Phéniciens
Au nord de la cité commence la lagune du Stagnone : des bassins salants en damier, des moulins à vent restaurés et des montagnes de sel qui rosissent au couchant ; les voiles des kitesurfeurs strient désormais les eaux plates de la lagune, nouveau visage d'un site exploité depuis l'Antiquité. Une barque traverse en quelques minutes les eaux peu profondes vers l'île de Mozia, ancien comptoir phénicien dont le musée conserve une statue de marbre célèbre dans le monde entier, le Jeune homme de Mozia. L'excursion combine archéologie et paysages, à une poignée de kilomètres des quais ; à la morte-saison, les flamants roses prennent possession des bassins.
De quai en comptoir
- Accostage réservé aux navires de taille modeste, centre historique accessible à pied.
- Musée du Baglio Anselmi et son navire punique sur le front de mer.
- Chais historiques ouverts à la visite, dégustations sur réservation ou à l'improviste selon les maisons.
- Salines du Stagnone et île de Mozia à courte distance au nord, barques régulières.
Le dernier verre
Quand la côte s'éloigne, les moulins des salines tournent encore dans le soir et l'on repense à ce négociant anglais qui ne se doutait de rien. Certaines villes exportent leurs produits ; celle-ci a exporté son nom. Le goût d'ambre et de noix qui reste au fond du verre prolonge l'escale bien après que la Sicile a quitté l'horizon.


