Picasso a ouvert les yeux ici, en 1881, et l'on jurerait que la lumière de Malaga y est pour quelque chose. Elle frappe les remparts de l'Alcazaba dès le matin, blanchit les façades du centre et fait scintiller la Méditerranée jusqu'aux pieds des terminaux. Bonne nouvelle pour le passager pressé : tout ce qui compte se trouve à distance de promenade du navire.

Du terminal au centre en vingt minutes

Les quais de croisière s'étendent à environ deux kilomètres du cœur historique. Une navette dépose en cinq minutes à la Plaza de la Marina, mais la marche vaut la peine : elle longe le Palmeral de las Sorpresas, promenade plantée de palmiers, puis le Muelle Uno, front de mer animé de boutiques et de terrasses où trône le cube multicolore du Centre Pompidou Malaga. On arrive en ville déjà conquis, sans avoir sorti son portefeuille.

L'Alcazaba et son théâtre romain

Au pied du mont Gibralfaro, l'Alcazaba superpose les siècles comme peu de monuments andalous : un théâtre romain du Ier siècle s'adosse aux murailles de la forteresse-palais élevée au XIe siècle par les souverains maures. On grimpe de patio en patio parmi les orangers, les bassins et les arcs outrepassés, avec des échappées de plus en plus larges sur la rade. Les plus vaillants poursuivront par le sentier jusqu'au château de Gibralfaro : la montée réclame une demi-heure, le panorama sur les arènes, les toits et l'horizon marin la rembourse largement. Arriver à l'ouverture, vers 9 h, épargne files et grosses chaleurs.

Picasso, l'enfant du pays

En redescendant, le palais de Buenavista abrite le musée Picasso Malaga et ses quelque deux cents œuvres, des céramiques aux toiles cubistes, données pour l'essentiel par la famille de l'artiste. La visite demande une heure à une heure trente, réservation vivement conseillée. À cinq minutes de là, la plaza de la Merced entoure la maison natale du peintre ; on peut s'asseoir sur le banc voisin de sa statue de bronze, carnet de croquis facultatif. La cathédrale voisine, surnommée « La Manquita », la manchote, à cause de sa tour sud jamais achevée, complète naturellement le circuit.

Le marché, la plage et les sardines

Pour saisir la ville au quotidien, poussez les portes du marché d'Atarazanas, halle du XIXe siècle bâtie derrière une porte mauresque et éclairée par un grand vitrail contemporain : jambons, amandes, poissons luisants et jus de fruits pressés à la minute. L'après-midi peut ensuite filer vers la Malagueta, la plage urbaine à un quart d'heure de marche du centre, où les chiringuitos font griller les espetos, ces brochettes de sardines piquées sur des cannes au-dessus des braises. C'est le goût même de l'été andalou, à savourer les pieds dans le sable en surveillant du coin de l'œil la cheminée de son navire.

Le cœur piétonnier

Entre la cathédrale et la plaza de la Constitución, la calle Marqués de Larios déroule ses façades élégantes de la fin du XIXe siècle ; c'est la promenade favorite des Malaguènes, bordée de boutiques et pavée de marbre clair. Les ruelles qui en partent réservent le meilleur de la flânerie : patios fleuris, bars à tapas où le vin doux de la région se sert au tonneau, librairies et échoppes de céramique. Comptez une pause à l'ombre d'une terrasse, un verre de vermout ou un gaspacho à la main : la chaleur andalouse impose son tempo, et c'est tant mieux, la journée n'en devient que plus savoureuse. Tout se fait à pied, sans plan précis ; se perdre ici ne coûte jamais rien.

Ce que l'on remporte

Malaga se laisse traverser en une journée, mais elle ne s'oublie pas en une soirée. Il en reste des parfums de jasmin et de poisson grillé, l'ocre des murailles contre le bleu du large, et cette énergie andalouse qui transforme chaque fin d'après-midi en petite fête. En remontant la passerelle, beaucoup de passagers consultent déjà le calendrier des prochains départs vers la Costa del Sol ; la lumière d'ici a cet effet-là.