Larnaca s'annonce par une rangée de palmiers. Les Finikoudes, la promenade qui a donné son surnom à toute la baie, longent une plage de sable gris-doré à une vingtaine de minutes de marche du quai où s'amarrent les navires. Cette proximité change tout : point de navettes compliquées ni de transferts interminables, la plus ancienne des cités chypriotes encore habitées se parcourt à pied, calmement, comme le font ses habitants depuis des millénaires. Car sous ses airs de station balnéaire, Larnaca recouvre Kition, fondée au XIIIe siècle avant notre ère; le philosophe stoïcien Zénon y a vu le jour, et la ville n'a jamais cessé d'être habitée depuis.

Saint-Lazare, le cœur de la ville

À quelques rues du front de mer se dresse l'église Saint-Lazare, construite au IXe siècle au-dessus d'un tombeau que la tradition attribue à Lazare lui-même. Selon le récit chrétien, l'ami ressuscité par le Christ serait venu finir ses jours à Chypre comme premier évêque de Kition. L'édifice de pierre blonde, avec son campanile ajouré et son iconostase de bois doré, demeure le lieu le plus vénéré de la ville. Descendez dans la crypte, puis attardez-vous sur le parvis : les cafés qui l'entourent servent un café chypriote épais et sucré, parfait pour observer le va-et-vient des fidèles et des passants.

Le fort et les ruelles du vieux quartier

En rejoignant l'extrémité sud des Finikoudes, un petit fort du XVIIe siècle monte la garde à l'entrée de l'ancien quartier turc. Ses salles abritent quelques vestiges médiévaux et sa terrasse s'ouvre sur la mer. Derrière, les ruelles de Skala alignent maisons basses, ateliers de potiers et cours fleuries : c'est le coin le plus attachant pour flâner, entre la mosquée Kebir et les boutiques d'artisans qui perpétuent la céramique locale. Le contraste avec l'animation de la promenade donne à ce secteur une douceur particulière. Les amateurs d'antiquités pousseront jusqu'au musée Pierides, une collection privée installée dans une maison familiale du XIXe siècle, où céramiques, verreries et idoles retracent neuf mille ans d'histoire insulaire.

Le lac salé et la mosquée du désert

À environ 5 kilomètres du centre, en direction de l'aéroport, s'étend le lac salé de Larnaca. De novembre à mars, des centaines de flamants roses y font halte, posés sur un miroir d'eau peu profonde; l'été, le lac s'assèche en une croûte blanche qui craque sous la lumière. Un sentier plat en fait le tour partiel, agréable en début de journée. Sur sa rive ouest, entourée de palmiers et de cyprès, la mosquée Hala Sultan Tekke veille sur le tombeau d'Umm Haram, parente du prophète de l'islam. Le lieu, paisible, compte parmi les sites musulmans notables de la Méditerranée orientale et se combine aisément en taxi avec une heure de flânerie au retour.

La table chypriote

Impossible de repartir sans goûter au mezzé : une succession de petits plats où défilent halloumi grillé, taramosalata, agneau au four et poissons du golfe, accompagnés d'un vin du pays ou d'une bière Keo bien froide. Les tavernes du vieux quartier comme les terrasses des Finikoudes s'y prêtent; le repas s'étire, à la chypriote, sans que personne ne vous presse.

Dernier regard

Avant de reprendre la direction du quai, marchez une dernière fois sous les palmiers, une glace ou un frappé à la main. Larnaca n'éblouit pas au premier regard : elle gagne le visiteur par accumulation de petites choses, un campanile, un flamant, un café serré, la tiédeur d'une fin d'après-midi. C'est souvent ce genre d'escale, sans démesure, qui laisse l'envie la plus nette de revenir explorer le reste de l'île.