Entre la Crète et Rhodes, battue par le meltem, Karpathos est restée longtemps à l'écart des grandes routes touristiques. Les navires y jettent l'ancre devant Pigadia, la capitale, et les canots déposent leurs passagers à deux minutes du centre. Ce que l'île propose tient en deux promesses simples : des eaux d'une limpidité rare et, dans la montagne du nord, un village où le temps a choisi de ne pas suivre le reste du monde. Peu d'escales tiennent aussi bien parole.

Pigadia, la capitale au bord de l'eau

La bourgade s'étage doucement au-dessus de sa baie abritée, sans monument spectaculaire mais avec un vrai caractère de chef-lieu insulaire, affairé le matin, somnolent aux heures chaudes : rues dallées, volets peints, boulangeries embaumant le sésame, terrasses où les pêcheurs commentent la météo, qui décide de tout sur cette mer venteuse. Le tour du centre se boucle en une heure paisible, entre le môle où déchargent les caïques et les placettes où les anciens jouent aux cartes à l'ombre. Sur les quais, les tavernes servent makarounes, ces pâtes maison au fromage fondu et aux oignons rissolés, spécialité que l'on ne trouve guère ailleurs qu'ici.

Des plages à portée de main

La baie de Pigadia s'ouvre sur la longue plage de Vrontis, à quelques minutes de marche du centre : galets et sable, eaux calmes, pins pour l'ombre. Plus au sud, à un quart d'heure en voiture, Amoopi aligne ses criques de sable doré aux fonds turquoise, peu profondes et parfaites pour les familles. Les amateurs de masque et tuba y trouveront des eaux parmi les plus claires de la mer Égée, le vent du large en prime. Ce meltem qui souffle l'été fait d'ailleurs le bonheur des véliplanchistes, qui considèrent l'île comme l'un des meilleurs terrains de jeu de la Méditerranée; on les regarde filer au large comme un spectacle gratuit.

Olympos, le village qui a défié le temps

La grande aventure de l'escale se trouve à 42 km au nord, au bout d'une route en lacets qui demande une bonne heure : Olympos, accroché à une crête face à la mer, ses maisons peintes serrées autour de moulins à vent dont certains tournaient encore récemment. Quelque 500 habitants y perpétuent des traditions venues du fond des âges : les femmes portent au quotidien le costume brodé, cuisent le pain au four communal et tissent comme leurs aïeules. L'isolement explique cette permanence : pendant des générations, aucune route ne reliait le hameau au reste de l'île, et l'on n'y accédait que par la mer ou les sentiers. Rien n'y est reconstitué pour les visiteurs; c'est une communauté vivante, l'une des plus singulières de Grèce.

On s'y rend en taxi, en excursion organisée quand le navire en propose une, ou par la mer : des caïques relient le chef-lieu au petit débarcadère de Diafani, d'où un autocar grimpe vers le village. Quelle que soit la formule, vérifiez les horaires de retour du navire avant de partir : le trajet est long pour une escale courte.

Composer sa journée

  • Formule tranquille : le chef-lieu à pied, baignade à Vrontis, taverne sur le quai.
  • Formule plage : Amoopi en taxi, masque et tuba dans les criques.
  • Formule grand large : Olympos par la route ou via Diafani, la journée presque entière.

Ceux qui montent à Olympos redescendent souvent silencieux. Ils ont vu des gestes que l'Europe a oubliés presque partout : une femme enfournant ses pains, un métier à tisser qui claque dans la pénombre, des moulins face au vent. Karpathos ne cherche pas à plaire; elle continue simplement d'être elle-même. C'est devenu si rare que le détour, à lui seul, ressemble à un privilège.