Les Anciens croyaient que le centre du monde se trouvait ici, sur les pentes du mont Parnasse. C'est pour Delphes que les navires s'arrêtent devant Itea, petite cité posée au fond du golfe de Corinthe, et le sanctuaire justifie à lui seul le voyage. Mais l'escale réserve d'autres douceurs : une mer d'oliviers, un bourg maritime paisible et des quais où les journées s'écoulent sans hâte.

Itea, la porte de l'oracle

Le front de mer se découvre en quelques pas depuis le quai : cafés, glaciers, palmiers, quelques barques de pêche et une eau si claire qu'on distingue les galets du fond. La localité vit de la mer et de l'olivier; elle ne joue pas les vedettes et n'en a pas besoin : sa raison d'être se trouve dans la montagne, et elle le sait depuis toujours. Ceux qui restent à quai flâneront le long des plages de galets qui bordent la baie, un café frappé à la main, en regardant les montagnes se refléter dans le golfe.

La mer d'oliviers d'Amfissa

La route du sanctuaire traverse d'abord un paysage étonnant : la plaine d'Amfissa, couverte d'oliviers à perte de vue. Certains arbres de cette oliveraie, l'une des plus vastes et des plus anciennes de Grèce, ont plusieurs siècles. Vue des hauteurs, la plaine ondule comme une houle argentée entre les parois rocheuses, et l'on comprend pourquoi les habitants parlent simplement de leur « mer d'oliviers ».

Delphes, au-dessus du monde

À 16 km du quai, accrochée aux contreforts du Parnasse, Delphes fut pendant un millénaire le lieu le plus consulté de l'Antiquité. Les cités grecques y envoyaient rois et ambassadeurs interroger la Pythie, l'oracle d'Apollon. On parcourt aujourd'hui la Voie sacrée entre les trésors des cités, jusqu'au temple d'Apollon dont les colonnes se détachent sur le vide; plus haut, le théâtre puis le stade, l'un des mieux conservés du pays, dominent la vallée. En contrebas de la route, la rotonde du sanctuaire d'Athéna Pronaia, avec ses trois colonnes redressées, compose l'image la plus photographiée des lieux, et la source Castalie, où se purifiaient les pèlerins, coule toujours au creux du ravin. Le site est inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO, et le musée attenant abrite l'Aurige, bronze aux yeux d'émail qui fixe les visiteurs depuis 2 500 ans.

Comptez une demi-journée pour l'aller-retour et la visite, en excursion organisée ou en taxi négocié sur le quai. Le matin, la lumière rase les ruines, l'air garde sa fraîcheur de montagne et les cars sont moins nombreux : partez tôt si l'horaire du navire le permet. Prévoyez de bonnes chaussures, le terrain grimpe sérieusement.

Galaxidi, l'autre cap de l'escale

À 18 km à l'ouest, Galaxidi aligne ses demeures d'armateurs autour de deux anses tranquilles. Au XIXe siècle, cette bourgade arma des centaines de voiliers et fit fortune sur toutes les mers; son déclin l'a figée dans une élégance discrète. On y déambule entre façades néoclassiques, chapelles et quais bordés de tavernes, loin de toute agitation. Pour une escale sans grands monuments mais pleine d'atmosphère, c'est l'alternative reposante aux ruines du Parnasse, ou leur complément si le temps le permet.

Trois façons de vivre l'escale

  • Le site antique et son musée : la priorité absolue, demi-journée.
  • Galaxidi : deux heures de flânerie maritime, en taxi ou en excursion.
  • Itea même : plages de galets, cafés et promenade du front de mer.

En redescendant du sanctuaire vers le golfe, on emporte ce que l'oracle offre depuis toujours : pas des réponses, malgré sa réputation, mais des questions plus vastes qu'à l'arrivée. Le connais-toi toi-même gravé au fronton du temple accompagne le voyageur bien après que les oliviers d'Amfissa ont disparu derrière le sillage.