La baie d'Ormos s'ouvre comme un amphithéâtre : d'abord le débarcadère et sa rangée de tavernes, puis, accrochée à la colline, une cascade de cubes blancs coiffée de moulins et de chapelles bleues. Ios affiche d'emblée son identité cycladique, sans détour ni décor superflu. L'île a longtemps porté une réputation de fêtarde; elle révèle au voyageur de jour un tout autre visage, celui d'un bourg préservé et de plages parmi les plus belles de l'archipel.

Monter vers la Chora

Le bourg principal, la Chora, domine la mer à 2 km du quai. Un autobus local fait la navette en quelques minutes; les marcheurs peuvent monter par l'ancien sentier muletier, raide mais court. Classée agglomération protégée, elle demeure l'une des plus fidèles à l'image des Cyclades : ruelles dallées passées à la chaux, passages voûtés, escaliers qui se faufilent entre les maisons, bougainvilliers accrochés aux murs. Le matin, quand les noctambules dorment encore, on s'y promène presque seul, dans une odeur de café et de pain chaud qui s'échappe des boulangeries.

La montée se poursuit naturellement vers les hauteurs. Les moulins à vent alignés sur la crête annoncent la dernière étape : l'église Panagia Gremiotissa, perchée au point le plus élevé, d'où le regard porte sur la mer Égée et, au couchant, jusqu'à Santorin. En chemin, le théâtre en plein air Odysseas Elytis, construit en pierre à flanc de colline, offre un autre balcon sur l'immensité bleue. Redescendre par un itinéraire différent réserve son lot de surprises : une cour cachée, une chapelle minuscule, un vieux four à pain.

Mylopotas, le sable qui a fait la renommée de l'île

De l'autre côté de la crête, à quelques minutes d'autobus ou une demi-heure de marche en descente, la plage de Mylopotas déroule près d'un kilomètre de sable blond dans une eau translucide. Chaises longues, sports nautiques et tavernes s'y partagent le rivage sans le dénaturer complètement; l'eau descend en pente douce, ce qui en fait un terrain de jeu apprécié des familles comme des nageurs de fond. C'est l'endroit tout désigné pour l'après-midi, une fois les hauteurs explorées à la fraîche. Ceux qui ne veulent pas s'éloigner trouveront aussi une bande de sable en bordure même de la baie d'Ormos, à quelques pas des tavernes du débarcadère où les poulpes sèchent au soleil sur des cordes tendues.

Sur les traces d'Homère

Ios revendique depuis l'Antiquité le tombeau d'Homère, au nord de l'île, à une trentaine de minutes de route du débarcadère. Une plaque de marbre y honore « le divin poète » face à la mer. Rien ne prouve que l'auteur de l'Iliade y repose vraiment, mais le trajet traverse des paysages de collines nues et de murets qui valent le déplacement à eux seuls, surtout quand les chèvres traversent sans prévenir devant le véhicule. Plus près du quai, la colline de Skarkos conserve les vestiges d'un habitat de l'âge du bronze, l'un des sites préhistoriques les mieux préservés des Cyclades : des murets de pierre dessinent encore, après quatre millénaires et demi, le plan des maisons et des ruelles.

L'escale en bref

  • Quai vers Chora : 2 km, autobus fréquents en saison ou sentier à pied.
  • Du sommet vers Mylopotas : quelques minutes d'autobus.
  • Tombeau d'Homère : environ 30 minutes de route; taxi ou véhicule de location.
  • Meilleur moment pour les ruelles : la matinée, avant l'affluence.

Redescendre vers le navire en fin de journée réserve le plus beau tableau : la Chora qui blanchit dans la lumière rasante, les moulins découpés sur le ciel, la baie qui vire à l'or. Homère, qu'il dorme ici ou ailleurs, aurait reconnu cette mer couleur de vin dont il a rempli ses vers. Elle n'a pas changé.