Le sommet se cache souvent. À 2 351 mètres, la montagne du Pico, point culminant du Portugal, porte presque toujours son écharpe de nuages, et les habitants de l'île lisent le temps qu'il fera à la forme de ce turban. Quand le navire approche de Madalena, le cône volcanique domine tout : les champs de lave, les vignes, les toits, la mer. On comprend immédiatement qu'ici, c'est la nature qui décide.
Madalena, pierre noire et chaux blanche
Le bourg principal de l'île fait face au canal qui la sépare de Faial, l'île voisine, dont on distingue les maisons de Horta à quelques kilomètres. Les rues se parcourent à pied en une heure : église imposante pour un si petit bourg, places tranquilles, façades où le basalte noir encadre la chaux blanche selon la manière açorienne. Les cafés servent un expresso serré et des pâtisseries locales aux passagers comme aux pêcheurs. Le débarcadère des traversiers relie Horta en une demi-heure environ, et le va-et-vient des insulaires donne au front de mer une animation constante.
Un vignoble né de la lave
Le trésor de Pico commence aux portes du bourg. Sur des kilomètres, des milliers d'enclos minuscules, les currais, quadrillent les champs de lave : des murets de basalte empilés à la main, sans mortier, qui protègent chaque pied de vigne du vent et des embruns. Ce paysage unique, façonné depuis le XVe siècle, figure au patrimoine mondial de l'UNESCO. Le secteur de Criação Velha, tout près de Madalena, en offre les plus belles perspectives, ponctuées de moulins à chapeau rouge. Le blanc local, issu du cépage verdelho, aurait jadis voyagé, dit-on, jusqu'à la table des tsars de Russie ; le Musée du vin, installé dans un ancien couvent des Carmes à la sortie du bourg, raconte cette épopée entre alambics et dragonniers centenaires.
La route des mystères
En s'éloignant vers le sud ou l'est, la route traverse d'anciennes coulées volcaniques que les insulaires nomment mistérios, « mystères », parce que les éruptions qui les créèrent semblaient inexplicables à leurs ancêtres. Le paysage alterne pâturages d'un vert profond, hortensias sauvages et pans de roche sombre descendant vers l'océan. Chaque virage recompose le tableau, avec le volcan en toile de fond dès que les nuages consentent à s'ouvrir.
Lajes et la mémoire des baleiniers
Sur la côte sud, Lajes do Pico fut longtemps un haut lieu de la chasse au cachalot, pratiquée ici en canots ouverts jusqu'aux années 1980. Le Musée des baleiniers, aménagé dans d'anciens hangars à embarcations, retrace sans fard cette page d'histoire : harpons, canots effilés, photographies d'hommes au visage tanné. La reconversion est exemplaire : les mêmes eaux accueillent désormais l'observation des cétacés, et les cachalots croisent au large de l'île à longueur d'année, rejoints en saison par d'autres espèces de passage.
Sortir en mer, si le temps le permet
Plusieurs excursions proposent une sortie d'observation depuis Madalena ou Lajes. L'expérience dépend de l'océan, jamais totalement prévisible, mais l'émotion d'un souffle de cachalot à quelques dizaines de mètres justifie amplement la tentative. Les amateurs de plancher stable préféreront les piscines naturelles de lave qui bordent la côte à courte distance du quai, où l'on se baigne dans une eau claire entre les rochers noirs.
Un monde qui impose son rythme
Le transport public étant à peu près inexistant, mieux vaut prévoir une excursion organisée ou un taxi pour rayonner plus loin. Ce petit effort de logistique est le prix d'entrée d'un monde à part. Au moment du départ, beaucoup de passagers restent sur le pont, les yeux vers le volcan, à guetter une dernière trouée dans les nuages. Pico ne se donne jamais en entier ; c'est sa manière à elle de donner rendez-vous.


