Le voyage commence par un train. À Borkum, la plus grande des îles de la Frise orientale, les passagers qui débarquent au port montent à bord d'un petit convoi à voie étroite qui traverse prés salés et dunes jusqu'au bourg, sept kilomètres et demi plus loin. La Borkumer Kleinbahn roule depuis 1888 — c'est le plus ancien chemin de fer insulaire d'Allemagne encore en service — et ses wagons colorés donnent à l'arrivée des allures d'expédition joyeuse.

Une île au large, vraiment au large

Posée en mer du Nord entre l'estuaire de l'Ems et les côtes néerlandaises, Borkum se mérite : les traversiers mettent environ deux heures depuis Emden, en Allemagne, ou partent d'Eemshaven, aux Pays-Bas. Les navires d'expédition et les petites unités de croisière côtière y font escale au port situé à la pointe sud-est. Cet éloignement a un avantage réputé depuis le 19e siècle : un air de haute mer pauvre en pollens, qui a fait de l'île une station climatique où l'on vient respirer autant que se baigner.

Le bourg et ses deux phares

Le centre de Borkum aligne villas balnéaires, commerces et salons de thé autour d'une promenade de béton clair qui domine une plage immense — et l'on y goûte le thé à la frisonne, servi avec son nuage de crème et son sucre candi qui craque sous la cuillère. Deux phares racontent l'histoire du lieu : l'ancien, une tour trapue du 16e siècle qui servit d'amer aux navigateurs bien avant l'électricité, et le nouveau, élancé et rayé, construit en 1879, dont les marches mènent à un panorama complet sur l'île, les bancs de sable et le va-et-vient des cargos au large. Par temps clair, la vue s'étend jusqu'aux côtes des Pays-Bas.

La plage, le vent et les Strandkörbe

La plage principale déroule son sable blond sur des kilomètres, ponctuée de ces fauteuils-cabines en osier typiques des rivages allemands, les Strandkörbe, alignés comme des sentinelles face aux vagues. Même hors saison, la promenade vaut le déplacement : le vent sculpte les dunes, les cerfs-volants montent haut et les habitués marchent d'un bon pas, emmitouflés, dans ce que les insulaires appellent leur « thalasso naturelle ». L'été, baignade surveillée, écoles de surf et paniers de crevettes complètent le tableau.

Les phoques et l'horizon

Les bancs de sable qui émergent à marée basse autour de l'île servent de reposoirs aux phoques gris et aux phoques communs. Des sorties en bateau permettent de les approcher sans les déranger; on les aperçoit parfois même depuis le rivage, tête ronde entre deux vagues, à quelques dizaines de mètres des baigneurs. Les amateurs d'oiseaux ne sont pas en reste : l'île se trouve en bordure de la mer des Wadden, classée au patrimoine mondial de l'UNESCO, l'une des plus grandes zones de marées de la planète.

À prévoir pour l'escale

  • Le trajet en train insulaire entre le port et le bourg, une expérience en soi.
  • Des vêtements coupe-vent, utiles en toute saison.
  • La montée au nouveau phare pour la vue d'ensemble.
  • Une pause en terrasse, face au large.

Le train du retour

Au moment de regagner le port, le petit train refait le chemin en sens inverse, et le paysage défile une dernière fois : dunes, prés, clochers, moutons imperturbables. On quitte Borkum avec du sable dans les chaussures, du sel sur les lèvres et cette impression particulière que laissent les îles — celle d'avoir vécu quelques heures dans un monde complet, entouré d'eau, qui continue d'exister sans nous dès que le navire s'éloigne.