Vue du large, l'île d'Aix semble trop petite pour l'histoire qu'elle porte : un croissant de terre de 3 km posé dans l'estuaire de la Charente, quelques toits serrés derrière des fortifications, un clocher, des tamaris courbés par le vent. Les voitures n'y ont jamais obtenu droit de cité; on parcourt ce bout de France à pied ou à bicyclette, au rythme du cri des goélands. Une escale ici ressemble moins à une visite qu'à une parenthèse, de celles qu'on prolongerait volontiers d'un jour ou deux si le navire voulait bien l'oublier au mouillage.

Un village fortifié par Vauban

Depuis le débarcadère, on franchit un pont-levis pour entrer dans le bourg, ceinturé de remparts dessinés par Vauban pour protéger l'arsenal de Rochefort. La place d'Austerlitz, la plus vaste du village, s'ouvre derrière les fossés; de là, la rue Napoléon et la rue Gourgaud alignent leurs maisons basses aux volets multicolores, débordantes de roses trémières en été. Quelques commerces, deux ou trois cafés, une église : l'inventaire est vite fait, et c'est précisément ce dépouillement qui séduit.

Les derniers jours français de Napoléon

L'histoire a pourtant donné à ce confetti un rôle démesuré. C'est ici, en juillet 1815, que Napoléon vécut ses derniers jours sur le sol de France avant de se rendre aux Anglais, qui l'exilèrent à Sainte-Hélène. La maison qu'il occupa abrite aujourd'hui le Musée napoléonien, où meubles, portraits et documents racontent cette semaine décisive. À quelques mètres, le Musée africain expose les collections d'histoire naturelle rapportées par le baron Gourgaud. Les curieux pousseront aussi la porte du dernier atelier de nacre de France, où l'on façonne encore boutons et bijoux dans l'épaisseur des coquillages, selon des gestes transmis depuis le siècle dernier. Trois musées et un atelier d'artisan pour un village de quelques rues : peu d'escales offrent pareille densité d'histoires au mètre carré.

Le tour de l'île, face à Fort Boyard

Le sentier côtier boucle le tour complet en 7 km, soit deux à trois bonnes heures de marche; à vélo, loué près du débarcadère, une heure suffit à rythme tranquille. Le long du chemin, les points de vue changent sans cesse : d'un côté le continent et les toits de Fouras, de l'autre Oléron, et partout ces eaux vertes de l'estuaire où se croisent voiliers et plates ostréicoles. Le parcours enchaîne criques, bois de chênes verts et batteries anciennes, dont le fort Liédot, casemate massive enfouie sous la verdure au nord.

Face à la côte ouest se dresse la silhouette la plus célèbre des lieux : Fort Boyard, vaisseau de pierre planté en pleine mer entre Aix et Oléron. On ne le visite pas, mais deux plages en offrent des points de vue parfaits. L'anse de la Croix, près du débarcadère, déroule son sable fin dans des eaux transparentes; la Grande Plage, sur le flanc ouest, s'étire sur plus d'un kilomètre face au large. S'y baigner avec le fort en toile de fond reste l'image que la plupart des passagers remportent.

Organiser ses heures à terre

  1. Matinée : le village fortifié, le Musée napoléonien et un café sur la place.
  2. Midi : huîtres de la région ou moules dans l'une des terrasses du bourg.
  3. Après-midi : le sentier côtier à vélo ou une baignade à l'anse de la Croix.

Au moment de reprendre la mer, on se surprend à compter les habitants croisés dans la journée : quelques dizaines, guère plus. L'empereur déchu cherchait ici un refuge avant l'exil; le voyageur moderne y trouve autre chose, une France littorale réduite à l'essentiel, où une journée suffit à ralentir le pouls. Le continent, en face, paraît soudain très pressé, et l'on remonte la passerelle un peu moins vite qu'on ne l'avait descendue.