Un fil rouge court sur les trottoirs de Hanovre. Peint à même le sol, long de 4,2 kilomètres, il relie une trentaine de lieux qui racontent la capitale de la Basse-Saxe : il suffit de le suivre pour que Hanovre se dévoile dans le bon ordre. Pour les passagers des bateaux fluviaux qui font halte sur le Mittellandkanal, la plus longue voie navigable artificielle d'Allemagne, ce fil est une invitation : un court trajet en tramway sépare les rives du canal du cœur de la cité, et la promenade peut commencer.

Le long du fil rouge

Le parcours traverse d'abord le quartier de la gare et ses passages commerçants, puis rejoint l'opéra néoclassique et les façades reconstruites du centre. Chaque étape porte un numéro, expliqué dans un livret disponible à l'office de tourisme, et l'ensemble se boucle en deux heures d'un pas tranquille. La cité des Guelfes a payé un lourd tribut aux bombardements de la Seconde Guerre mondiale; elle s'est réinventée sans chercher à masquer les cicatrices, en mêlant béton d'après-guerre, briques gothiques relevées et créations contemporaines. Cette franchise architecturale surprend d'abord, puis attache.

La vieille ville et l'église du marché

Autour de la Marktkirche, une église de brique du XIVe siècle typique du gothique nordique, subsiste un noyau de ruelles bordées de maisons à colombages. La Kramerstrasse aligne ses pignons penchés au-dessus des terrasses; l'ancien hôtel de ville, tout en briques moulurées, ferme la place du marché où se tient toujours un marché animé. Le contraste est saisissant entre ces quelques rues rescapées et les immeubles modernes qui les entourent — comme un médaillon ancien porté sur un vêtement neuf. Tout près, le Ballhof, une salle de jeu de paume du XVIIe siècle devenue théâtre, et la maison où vécut le philosophe Leibniz complètent ce concentré d'histoire.

Le Nouvel Hôtel de ville et ses maquettes

À quelques minutes au sud, posé au bord d'un plan d'eau dans un parc, le Neues Rathaus de 1913 ressemble davantage à un château qu'à un bâtiment administratif. Dans le hall, quatre maquettes montrent Hanovre en 1689, en 1939, en 1945 et aujourd'hui : peu de cités osent exposer ainsi leur propre destruction. Un ascenseur incliné, qui épouse la courbe du dôme, hisse les curieux jusqu'à une galerie panoramique d'où l'on embrasse les toits, le lac artificiel du Maschsee bordé de promenades, la forêt urbaine de l'Eilenriede — plus vaste que Central Park — et, par temps clair, les contreforts du Harz.

Herrenhausen, les jardins royaux

Le tramway conduit ensuite aux jardins de Herrenhausen, l'une des grandes réussites de l'art baroque européen. Le Grand Jardin, dessiné à partir du XVIIe siècle pour la cour des Guelfes, déploie parterres brodés, allées de tilleuls, théâtre de verdure et grande fontaine. La grotte réinventée par l'artiste Niki de Saint Phalle, tapissée de miroirs et de mosaïques colorées, ajoute une note joyeusement insolite à cette rigueur classique; l'été, les jeux d'eau rythment la journée et des feux d'artifice concourent certains soirs au-dessus des bassins, perpétuant une tradition née à l'époque baroque. Ses trois Nanas monumentales, installées sur les berges de la Leine, sont d'ailleurs devenues des figures familières du paysage hanovrien.

Repères pour l'escale

RepèreÀ savoir
Halte fluvialeSur le Mittellandkanal, tramway vers le centre
Fil rougeBoucle urbaine de 4,2 km peinte au sol
Dôme du Neues RathausAscenseur incliné, galerie panoramique
Jardins de HerrenhausenAccès direct en tramway

Une capitale qui ne pose pas

Au retour vers le canal, on repense à ces maquettes du hall de l'hôtel de ville : une cité peut disparaître presque entièrement et redevenir accueillante, verte, tranquille. Hanovre ne cherche pas à éblouir ses hôtes d'un soir. Elle leur montre, fil rouge à l'appui, comment on reconstruit une histoire — et cette leçon-là accompagne longtemps le voyageur.