La carte annonce un hameau ; le programme promet un vignoble. Gerlachshausen, quelques centaines d'habitants sur la rive du Main en Basse-Franconie, sert de porte d'entrée à l'un des plus beaux paysages viticoles d'Allemagne : la Mainschleife, cette boucle que le fleuve dessine autour de coteaux plantés de vignes depuis plus de mille ans. Les bateaux fluviaux empruntent ici le canal latéral qui coupe la boucle, trop sinueuse et trop peu profonde pour eux, et s'amarrent près de l'écluse. Volkach, la capitale du vin de la région, attend à quelques kilomètres.
Volkach, l'accueillante
Un court trajet en autocar ou à vélo mène à Volkach, petite cité dont la rue principale relie deux portes médiévales entre maisons Renaissance et façades baroques. L'hôtel de ville à perron, les cours de vignerons ouvertes sur la rue et les enseignes dorées composent un décor prospère, entretenu par des générations de familles vigneronnes. Les caveaux de dégustation se succèdent, proposant les silvaners et les müller-thurgaus du cru dans la Bocksbeutel, cette bouteille ronde et aplatie propre à la Franconie. En saison, la ville célèbre son vin lors d'une fête viticole qui compte parmi les plus anciennes de Franconie.
La Madone du sculpteur
Sur une colline plantée de vignes, à la sortie de Volkach, l'église de pèlerinage Maria im Weingarten conserve un chef-d'œuvre : la Madone au rosaire de Tilman Riemenschneider, sculpteur majeur de la fin du Moyen Âge allemand, qui travailla le tilleul avec une délicatesse restée célèbre. L'œuvre, dérobée en 1962 puis récupérée grâce à une rançon payée par un grand magazine, attire les amateurs d'art du monde entier vers cette modeste église entourée de ceps. La montée à pied depuis la ville, entre les rangs de vigne, fait partie du plaisir.
Le tour de la boucle
La Mainschleife se découvre ensuite au gré du temps disponible. Le belvédère de la Vogelsburg, ancien domaine monastique perché au-dessus du méandre, offre la vue la plus complète : le fleuve enlace une presqu'île couverte de vignes où se serrent les villages jumeaux de Sommerach et Nordheim, sur ce que les gens du cru appellent l'île aux vins. Les cyclistes font le tour par les chemins de berge, les marcheurs suivent les sentiers balisés qui sillonnent les rangs de vigne, jalonnés de panneaux sur les cépages et le travail des saisons, et les plus contemplatifs s'installent simplement à une terrasse avec un verre de silvaner face aux coteaux. Une barque traditionnelle propose aussi, en saison, la traversée du méandre à l'ancienne.
Villages de pierre et de vigne
Sommerach mérite une flânerie à part : ses ruelles pavées serpentent entre murs de pierre calcaire, portails armoriés et cours où sèchent les casiers de vendange. Nordheim cultive le même art de vivre, avec ses vignerons qui ouvrent leur porte pour une dégustation impromptue. La Franconie viticole ne ressemble ni au Rhin romantique ni à la Moselle escarpée : ses lignes sont douces, ses villages ramassés, son tourisme mesuré. On y goûte une Allemagne rurale restée maîtresse de son rythme.
Un verre levé vers les coteaux
Au moment où le bateau reprend le canal, les vignes défilent une dernière fois derrière l'écluse. De cette halte au nom difficile à retenir, les passagers rapportent des souvenirs très concrets : le goût minéral d'un silvaner, le visage serein d'une Madone de bois, la courbe parfaite d'un fleuve vu d'en haut. Gerlachshausen aura tenu sa promesse de porte d'entrée. Ce qui se trouve derrière la porte, chacun promet généralement d'y revenir plus longuement, une bouteille ronde dans les bagages.


