Gênes réserve son charme à ceux qui la parcourent, ruelle après ruelle. Coincée entre montagnes et Méditerranée, la cité de Christophe Colomb superpose les siècles sur un territoire étroit, et cette densité fait tout son intérêt. Derrière le front portuaire se cache l'un des plus vastes centres médiévaux d'Europe, doublé d'une enfilade de palais dignes des grandes capitales. Les croisiéristes qui lui accordent leur journée en reviennent souvent conquis, et un peu surpris de l'être autant.
Une métropole qui commence au pied de la passerelle
L'atout maître de l'escale tient dans les distances : depuis la gare maritime, dix à quinze minutes de marche à plat mènent au Porto Antico, le vieux bassin réaménagé, et cinq minutes de plus suffisent pour plonger dans le centre historique. Aucune navette obligatoire, aucun transfert coûteux : on sort, on marche, la cité s'ouvre. Le Porto Antico regroupe promenades sur les quais, terrasses et attractions familiales, dont le grand aquarium, le plus vaste d'Europe, où défilent requins, dauphins et méduses dans des bassins reconstituant les mers du globe. Les familles peuvent y consacrer deux bonnes heures; les autres se contenteront d'un tour des quais, où les voiliers d'aujourd'hui côtoient les grues d'hier.
Les caruggi, labyrinthe assumé
Passé les arcades du front de mer commence le royaume des caruggi, ces venelles médiévales si étroites que le soleil n'y descend qu'à midi. On s'y perd, et c'est le but : boutiques centenaires, friggitorie où crépite la farinata, linge suspendu entre les façades, madones d'angle et parfums de basilic. Il faut lever les yeux souvent : corniches peintes, ardoises sculptées et loggias oubliées récompensent les curieux. Le quartier, inscrit en partie au patrimoine mondial de l'UNESCO, débouche sur la piazza San Lorenzo et sa cathédrale zébrée de marbre noir et blanc, gardée par deux lions de pierre que les enfants escaladent depuis des générations.
Via Garibaldi, la rue des rois sans couronne
Quelques minutes plus haut, changement complet de décor : la via Garibaldi aligne les palais Renaissance et baroques des grandes familles marchandes, cœur du système des Palazzi dei Rolli reconnu par l'UNESCO. Ces demeures accueillaient jadis les hôtes de marque de la République; aujourd'hui, plusieurs abritent des musées, et il suffit souvent de franchir un portail ouvert pour admirer gratuitement cours intérieures, escaliers d'apparat et plafonds peints. Peu de rues en Europe concentrent autant de splendeur sur trois cents mètres.
La pause génoise : pesto, focaccia et espresso au comptoir
Gênes a donné au monde le pesto, et le goûter dans sa patrie relève du devoir de voyage : trofie au pesto dans une trattoria de quartier, focaccia dorée à l'huile d'olive croquée debout, comme les Génois au déjeuner. Les gourmands pousseront jusqu'aux confiseries historiques du centre pour les fruits confits, autre spécialité de la vieille république marchande. Le tout s'achève d'un espresso serré, avalé au comptoir dans le brouhaha des habitués.
La leçon de Gênes
En regagnant le bord, une évidence s'impose : cette cité n'a rien d'un décor figé. Elle travaille, commerce et vit exactement comme elle le fait depuis mille ans, sans se soucier outre mesure de plaire. C'est précisément pour cela qu'elle plaît. Il restera les musées de la via Garibaldi, les collines et les villages de la Riviera voisine : autant de raisons de reprendre un jour la passerelle. Ceux qui l'ont arpentée une journée savent qu'ils n'ont soulevé qu'un coin du voile, et la Superba, comme on la surnomme, aime laisser ses visiteurs sur cette faim-là.


