Madère surgit de l'Atlantique comme une montagne verte, et Funchal occupe le plus beau siège de l'île : un amphithéâtre de collines cultivées qui descend jusqu'à l'océan. À l'approche, les toits orangés s'étagent entre les jardins, les bananeraies grimpent aux pentes et les sommets accrochent les nuages. Peu de capitales insulaires offrent pareille entrée en matière depuis le pont d'un navire.
Du quai au cœur de la cité en quinze minutes
Le terminal se trouve à environ un kilomètre du centre, que l'on rejoint à pied par la promenade du bord de mer, entre palmiers et parterres fleuris. Un quart d'heure de marche plaisante suffit pour atteindre les premières rues commerçantes, la cathédrale Sé et ses plafonds de bois précieux, puis les halles animées du Mercado dos Lavradores. Sous ses galeries carrelées d'azulejos, ce marché des cultivateurs déborde de fruits de l'île, fruits de la passion de dix variétés, anones, mangues, à goûter sur place, pendant que les poissonniers découpent au couteau les longs sabres noirs des grands fonds. Les étals de fleurs ajoutent leurs oiseaux du paradis et leurs orchidées au tableau matinal.
Monter à Monte par les airs
L'expérience emblématique de Funchal commence à la station du téléphérique, en bordure de la vieille ville. En une quinzaine de minutes, les cabines s'élèvent au-dessus des toits et des ravins jusqu'au village de Monte, offrant une vue plongeante sur la baie, le bleu de l'Atlantique et, souvent, le navire sagement amarré en contrebas. Là-haut, l'air fraîchit de quelques degrés, les jardins débordent de fleurs et les allées ombragées invitent à ralentir. On flâne entre les frangipaniers et les agapanthes, on s'accoude aux belvédères, puis vient la partie la plus mémorable de la descente.
La luge de Monte, une tradition qui dévale
Depuis plus d'un siècle, les carreiros de Monte font glisser leurs passagers vers le bas de la pente à bord de luges d'osier montées sur patins de bois. Vêtus de blanc, canotier sur la tête, ces deux pilotes guident l'embarcation dans les rues en pente sur environ deux kilomètres, freinant de leurs semelles avec un savoir-faire transmis de génération en génération. La course s'achève à Livramento, à environ deux kilomètres au-dessus du centre : on redescend ensuite en taxi, ou à pied pour les mollets aguerris. Sourires garantis à l'arrivée, même chez les plus sceptiques.
Flâner dans la zone ancienne
De retour en bas, la vieille ville mérite qu'on s'y attarde. Ses ruelles pavées alignent restaurants et ateliers, et la rue Santa Maria s'est fait une spécialité des portes peintes par des artistes, une galerie à ciel ouvert qui change au fil des ans. Entre deux façades, des passages laissent entrevoir l'océan, rappel constant que Funchal vit tournée vers le large. C'est le quartier idéal pour goûter les saveurs madériennes : brochette de bœuf en feuilles de laurier, bolo do caco tiède au beurre d'ail, et le fameux vin de Madère, sec ou doux, servi en dégustation dans plusieurs caves du centre.
L'île qui donne envie de rester
Beaucoup de passagers remontent à bord avec le même aveu : une journée ne suffit pas. Les levadas, ces canaux d'irrigation devenus sentiers de randonnée, les villages du nord, les falaises et les piscines naturelles attendront une prochaine fois. C'est peut-être la vraie force de Funchal : offrir en quelques heures un condensé si convaincant que l'on repart déjà en train de planifier son retour, cette fois avec des chaussures de marche dans la valise.


